Sylvie Mongin-Algan met en scène Une chambre à soi, texte fondateur du féminisme moderne écrit par Virginia Woolf.

Fortement marquée par le rapport sur l’égalité femmes-hommes dans les arts du spectacle commandé en 2006 à Reine Prat par le ministère de la Culture, Sylvie Mongin-Algan n’a eu de cesse depuis lors d’interroger le sujet, travaillant notamment en 2008 à la création de l’association H/F, qui réunit des professionnel-le-s du théâtre, de la musique et de la danse en Rhône-Alpes. Concomitamment, la metteure en scène découvre l’ouvrage de Virginia Woolf, Une chambre à soi.

L’importance des conditions matérielles

Cet essai, publié en 1929, est le fruit d’une réflexion entamée un an auparavant par l’auteure britannique dans le cadre d’un cycle de conférences qu’elle donne dans deux collèges réservés aux femmes de l’université de Cambridge. Woolf y met notamment en lumière les difficultés matérielles qui maintiennent les femmes dans un état de dépendance vis-à-vis des hommes et les empêchent de s’adonner à l’écriture, prenant ainsi le contre-pied de la pensée (masculine) dominante qui prête aux femmes peu de dispositions “naturelles“ aux travaux de l’esprit. L’ouvrage tire ainsi son titre du constat dressé par Woolf qu’une femme a besoin de disposer d’une véritable indépendance financière et d’un lieu fermé à clef où elle puisse s’isoler pour écrire, loin de l’agitation de la maisonnée.

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Or, dans un univers des arts du spectacle toujours largement dominé par les créations d’artistes masculins, les questionnements soulevés par Virginia Woolf au début du XXe siècle semblent toujours d’actualité. Il suffit pour s’en persuader de lire l’ouvrage de Sarah Ahmed, Queer Phenomenology, dans lequel la chercheuse britannique tente de démontrer l’impact de l’espace et du temps sur les corps. L’intuition de Woolf sur l’importance pour les femmes de disposer d’un espace propre se trouve alors confirmée par les travaux de l’universitaire. C’est pourquoi, accompagnée de l’actrice Anne de Boissy avec laquelle elle a déjà travaillé sur les rapports femmes-hommes, Sylvie Mongin-Algan souhaite faire entendre, à travers le spectacle Une chambre à soi, les mots et la réflexion de Virginia Woolf afin de mettre au jour la construction des rapports sociaux de domination qui continuent de s’appliquer aux femmes.

 

Photo : © Lorenzo Papace

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