Le suicide d’une jeune trans américaine, Leelah Alcorn, a bouleversé le monde entier. L’occasion de faire un état des lieux sur la situation des trans dans l’Hexagone.

leelah alcorn tribute drawing dessin hommage trans suicide copyright wunking on deviantart.com«Changez la société, s’il vous plaît». C’est par ces mots que Leelah Alcorn, jeune trans américaine de dix-sept ans, a conclu sa lettre d’adieu avant de se donner la mort le 28 décembre dernier. Rejetée par sa famille traditionaliste et bigote à la suite de son coming-out trans (effectué à l’âge de quatorze ans), la jeune fille voulait que son geste ne soit pas ignoré. Son vœu s’est réalisé au delà de ses espérances : son histoire a fait le tour du monde et elle est devenue un symbole du calvaire vécu par beaucoup de personnes transgenres.

En France, le cas de Leelah n’est malheureusement pas inconnu des associations trans qui se battent pour faire évoluer la situation des trans. «Le suicide est une réalité», reconnaît Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-Transgenres. Pour cette responsable associative, «l’absence de droits et d’accompagnement proposé aux personnes trans et notamment aux plus jeunes» peut être l’un des facteurs déclencheurs de ces situations dramatiques.

Détresse et discriminations

Heureusement, toutes les histoires ne se terminent pas aussi tragiquement. Contrairement à celui de Leelah Alcorn, le coming-out trans de Valentin, vingt-et-un ans, a pleinement été accepté par sa famille. Ce qui n’a pas empêché le jeune homme de faire face à des discriminations. «Mes études sont devenues très compliquées après ma transition», confie-t-il. Dans sa formation d’éducateur spécialisé, il demande à être appelé par son prénom masculin. Ses professeurs refusent. «Pour moi, il était inimaginable psychologiquement et socialement de ne pas être appelé par mon bon genre». Il se résout alors à quitter son école. Aujourd’hui, il travaille dans un centre aéré, tout en occupant les fonctions de vice-président du MAG Jeunes LGBT, une association qui vient en aide aux jeunes LGBT à Paris et en Île-de-France.

Le nouveau combat de Valentin est celui d’un grand nombre de  personnes trans : le changement d’état civil. La loi exige pour cela une irréversibilité des modifications corporelles. Autrement dit, la stérilisation, une chirurgie lourde et surtout jugée profondément discriminatoire. Hors de question pour Valentin de se plier à cette procédure. François Hollande s’était pourtant engagé à y mettre fin lors de sa campagne présidentielle, une promesse qui semble pour l’instant abandonnée. «Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés», avait déclaré le candidat socialiste en réponse à une question du magazine Têtu, en avril 2012. Son renoncement ne passe pas auprès des associations. «Il faut absolument changer la loi et laisser le choix aux personnes», explique Giovanna Rincon. «Comment supporter de ne pas être reconnu dans son intégrité au sein de la société ?».

 

Photo : selfie de Leelah Alcorn posté sur son Tumblr  © DR
Illustration : dessin d’hommage à Leelah Alcornn © Wunking

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