Moïse Touré adapte deux œuvres de Marguerite Duras, La Maladie de la mort et Aurélia Steiner, pour en faire un hymne à la résistance des femmes.

À travers les figures féminines de Marguerite Duras, aux prises à l’incompréhension et à la violence, Moïse Touré dessine l’image tutélaire de celle qui résiste. Pour lui, les femmes sont le ferment de toutes les révolutions, l’espoir de l’Afrique. Les textes de La Maladie de la mort et d’Aurélia Steiner de Marguerite Duras deviennent son matériau et entrent en résonance avec les danseurs chorégraphiés par Serge Aimé Coulibaly.

Ce qui intéresse Moïse Touré dans l’œuvre de Marguerite Duras, c’est la figure de la femme résistante, qui tient ferme et reste debout malgré les difficultés. D’origine ivoirienne, le metteur en scène est un des premiers à monter les textes durassiens en Afrique, là où selon lui, les femmes incarnent «le ferment de toutes les révolutions».

Après avoir précédemment travaillé sur Un barrage contre le Pacifique et La Musica, Touré et sa compagnie Les Inachevés, installée depuis 1984 à Grenoble, s’attachent à présenter sur scène La Maladie de la mort et Aurélia Steiner. Dans ces deux textes, il est question de femmes aux prises avec des hommes incapables d’aimer.

La Maladie de la mort Aurelia Steiner de Moise Toure d'apres Marguerite Duras copyright Jean-Claude Frisque

La « maladie de la mort » = l’homosexualité ou l’incompréhension ?

Dans La Maladie de la mort, un homme paie une femme pour qu’elle vienne s’allonger à ses côtés, parce qu’il veut «tenter la chose, tenter de connaître ça». Si Touré, aidé du chorégraphe Serge Aimé Coulibaly, décide d’en faire une ode à la résistance des femmes, à une résistance charnelle qui prend naissance dans les corps, il semble évacuer totalement la question de l’homosexualité pourtant au cœur du texte de Marguerite Duras. En effet, quand cette dernière évoque la «maladie de la mort» dont le personnage masculin est atteint, c’est d’homosexualité qu’elle parle. Comme le rappelle Didier Eribon, la première mouture de ce texte est une resucée, portée par le talent de l’écrivaine, d’une vieille antienne qui veut que l’homosexualité soit porteuse de mort pour la société.

Dans les réécritures qu’elle a été amenée à faire de son texte initial, Duras a cependant déplacé le curseur, la «maladie de la mort» devenant le symbole de l’incompréhension et de la séparation entre les hommes et les femmes. C’est visiblement cette lecture qu’a retenu Touré, en jumelant le texte à celui d’Aurélia Steiner, le récit enchâssé de trois femmes, toutes prénommées Aurélia, à travers lesquelles Duras évoque à la fois la perte d’un être cher – et notamment celle du frère, thème qu’elle reprendra dans L’Amant –, la guerre et la déportation. Mariant danse, lecture en voix off et jeu, Touré a donc choisi de ne sélectionner qu’un aspect des textes de Duras pour en tirer l’image d’un modèle de résistance.

 

La Maladie de la Mort / Aurélia Steiner, les 3 et 4 novembre 2015 à Bonlieu, 1 rue Jean Jaurès-Annecy / 04.50.33.44.00 / www.bonlieu-annecy.com

 

Photos © Jean-Claude Frisque

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.