Chanteur, comédien, dramaturge, metteur en scène de théâtre et d’opéra, directeur du festival d’Avignon… Olivier Py est à la fois un artiste aux multiples facettes et un homme engagé, qui s’exprime dans Hétéroclite alors que l’Opéra de Lyon s’apprête à reprendre sa version de Carmen de Bizet, créée en 2012.

Vous mettez en scène à la fois des pièces de théâtre et des opéras. Comment travaillez-vous avec des artistes lyriques qui sont avant tout des chanteurs et non des comédiens ?

Olivier Py : J’ai toujours demandé à mes acteurs de jouer comme des chanteurs d’opéra. L’idée que les chanteurs d’opéra ne seraient pas de bons acteurs est stupide. Il est plus difficile de chanter et de jouer Carmen que de jouer dans un film. Cela n’a rien à voir, sur le plan de la difficulté artistique. Je n’ai jamais eu ces a priori sur les chanteurs ; au contraire, mon style théâtral est considéré comme un jeu lyrique. Et de plus en plus, je travaille au théâtre comme à l’opéra. Bien sûr, quand on monte un opéra, on ne peut pas se permettre d’être empirique : il faut arriver avec un projet écrit. Si, au théâtre, on peut improviser, à l’opéra on n’en a pas le temps, pour des raisons purement matérielles. À part ça, l’opéra et le théâtre, du point de vue de la mise en scène, c’est la même chose.

Comment en êtes-vous arrivés à imaginer Carmen, la cigarière de Séville, en meneuse de revue de cabaret ?

Olivier Py : Tout d’abord, je tenais à supprimer de Carmen tout le folklore hispanisant. À l’époque de Bizet, l’Espagne et d’autres pays étaient utilisés par les artistes comme des écrans, des paravents pour parler de la situation en France et évoquer les idées trop violentes sur le plan politique ou sur le plan érotique en contournant  la censure. Je voulais donc redonner à l’œuvre sa subversion originelle.

olivier py heteroclite lyon copyright Carole Bellaiche

Qu’elle se déroule dans un cabaret ou ailleurs, ce n’est pas important, mais il fallait que l’élément théâtral apparaisse afin que Carmen, qui défie la société bourgeoise et conservatrice, incarne la subversion du théâtre et de la scène elle-même. Il faut se rappeler que Carmen a été créé seulement quatre ans après la Commune de Paris et que si Bizet avait vécu, il aurait composé une œuvre inspirée de la vie de Louise Michel (révolutionnaire anarchiste et figure majeure de la Commune, NdlR). Il faut donc penser à Carmen comme à un brouillon de cet opéra sur Louise Michel.

Début avril est sorti le DVD de l’opéra Claude, que vous avez créé en 2013 sur une musique de Thierry Escaich et un livret de Robert Badinter. C’est une œuvre forte, violente même. Comment l’avez-vous abordée ?

Olivier Py : On ne travaille pas de la même manière sur un opéra contemporain et sur une œuvre du répertoire, qui a déjà été  maintes et maintes fois ressassée. Claude était une première mondiale. Une partie de son succès tient à Jean-Sébastien Bou (baryton qui tient le rôle-titre, NdlR). Sa présence sur scène est la meilleure réponse à ceux qui croient que les chanteurs lyriques ne sont pas des acteurs ! On a refusé que les scènes d’amour soient édulcorées, tout comme on ne voulait pas donner une image moins violente de la prison, alors même que la situation carcérale ne cesse d’empirer.

Le soir de la première mondiale de Claude, à laquelle assistait la Garde des Sceaux Christiane Taubira, des opposants au mariage pour tous ont manifesté devant l’Opéra de Lyon

Olivier Py : Ce spectacle concentre tous les éléments sur lesquelles peuvent se cristalliser la violence et l’intolérance : la question de la peine de mort, qui est toujours inscrite dans le programme du Front national, celle de l’étranger, puisque notre Albin était noir, et bien évidemment celle de l’homosexualité. Tous ces ingrédients concentraient le délire du parti de la haine.

En 2012, vous avez pris position (dans une tribune publiée par Le Monde) en faveur du mariage pour tous. Quelles ont été les réactions ?

Olivier Py : Les retours habituels : insultes, menaces de mort… Peu de catholiques homosexuels s’étaient exprimés et il m’apparaissait important de le faire. La religion catholique n’a aucun problème avec l’homosexualité. Il y a des habitudes de moralité bourgeoise héritées du XIXe siècle mais rien, dans l’Évangile, ne nous condamne. Il fallait le dire. Je n’ai pas de problème avec l’Église catholique mais avec les intégrismes. Et puis je considérais tout simplement que le mariage pour tous était une affaire purement laïque, une affaire de la République avec elle-même.

 

Carmen, du 30 avril au 17 mai à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com
Claude, en DVD chez Bel Air Classiques

 

Photos Olivier Py © Carole Bellaiche

2 Réponses à “Mariage pour tous, Carmen, Claude : Olivier Py dit tout !”

  1. ericB

    « La religion catholique n’a aucun problème avec l’homosexualité. Il y a des habitudes de moralité bourgeoise héritées du XIXe siècle mais rien, dans l’Évangile, ne nous condamne. »

    J’ai beaucoup de respect pour Olivier Py, mais on ne peut pas lui laisser affirmer ceci. Si en effet « rien, dans les évangiles, ne NOUS condamne », les discours réitérés par tous les papes jusqu’à l’actuel le font. Et c’est bien la hiérarchie catholique française, soutenue en sous-main, par le Vatican, qui a lancé un 15 aout 2012 le mouvement contre la loi autorisant le « mariage pour tous », et qui a initié ET SOUTENU ET FINANCÉ le mouvement haineux de la Manif pour Tous.

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