Très critiquée, la non-mixité militante est pourtant un outil de lutte et d’émancipation précieux, utilisé par certains groupes LGBT et qu’il faut défendre.

Dans la foulée de Nuit Debout mais aussi de l’annonce de la tenue d’un «Camp d’été décolonial» réservé aux personnes racisées en août prochain, on a vu resurgir ces dernières semaines le vieux débat sur l’opportunité ou non de réserver, au sein des luttes, des temps et des espaces à la non-mixité.

Plus que de débat, il faudrait d’ailleurs parler d’attaques particulièrement violentes (venues aussi bien de la droite ou de l’extrême-droite que de membres du gouvernement) contre des militant-e-s féministes et/ou antiracistes dont le seul «tort» a été de recourir à un outil d’émancipation qui a fait ses preuves depuis les années 60 et 70 et qui a été utilisé, entre autres, par le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) ou par les Afro-Américain-e-s.

On ne reviendra pas ici sur toutes les raisons qui justifient que les personnes victimes d’une forme ou d’une autre de domination sociale se retrouvent parfois entre elles pour partager leurs vécus et élaborer des stratégies de résistance. Suffisamment de bons articles ont été publiés en ligne récemment qui les explicitent très bien. Citons par exemple ceux de Marie Kirschen (rédactrice-en-chef de la revue lesbienne Well Well Well) sur Buzzfeed, de Caroline de Haas (fondatrice d’Osez le féminisme !) sur Mediapart ou de Christine Delphy (cofondatrice du mouvement radical lesbien Les Gouines rouges en 1971) sur Les Mots Sont Importants.

Une stratégie ancrée dans l’histoire des luttes LGBT et féministes

On se bornera donc à rappeler que la non-mixité choisie (qui n’a évidement rien à voir avec la non-mixité subie que représentent l’apartheid ou la ségrégation) a été et est toujours utilisée par certaines organisations LGBT (principalement lesbiennes et trans). C’est pourquoi toute personne qui dit se soucier des droits des minorités sexuelles et qui connaît un tant soit peu l’histoire des militantismes féministes et homosexuels devrait s’élever contre cette cabale visant à délégitimer l’usage de la non-mixité par des personnes subissant au quotidien une homophobie, un sexisme et/ou un racisme systémiques.

Le grand militant anticolonialiste Frantz Fanon (1925-1961) aimait rappeler ce conseil que lui avait donné un jour son professeur de philosophie : «quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille : on parle de vous». Il s’agissait alors, pour le penseur martiniquais, de souligner la proximité des racismes anti-noir et anti-juif. En paraphrasant cette sage maxime, on pourrait, de la même façon, dire aux gays tentés de joindre leurs voix à celle de la meute hurlante : «quand vous entendez dire d’une minorité qu’elle verse dans le communautarisme et le sectarisme, quand on l’accuse de pratiquer une discrimination qu’en réalité elle subit, quand on lui reproche de ne pas se fondre suffisamment dans le moule républicain…». Et bien, c’est aussi de vous, homosexuels, que l’on parle. Même si vous vous pensez être protégé par le fait d’être un homme, blanc et cisgenre.

 

Photo : des membres du Black Panthers Party, mouvement révolutionnaire africain-américain des années 60 et 70 qui a théorisé la non-mixité militante © DR

 

Pétition « Pour le droit à la non-mixité » ici.

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