Tanto Amore de Kaat de Windt est un récital aux faux-airs de conférence féministe dans lequel la chanteuse et comédienne Simonne Moesen incarne tour-à-tour cinq héroïnes de Giacomo Puccini.

Simonne Moesen, comédienne et chanteuse belge, épaulée par Kaat De Windt, compositrice flamande, revisite avec Tanto Amore les destins tragiques des héroïnes des opéras de Giacomo Puccini. Le spectacle, qui prend la forme d’une conférence, part du constat que les personnages féminins imaginés par le compositeur italien de la fin du XIXe siècle n’ont d’autre destinée que de se sacrifier par amour – à l’exception notable de la cruelle princesse chinoise Turandot.

Ainsi, la naïve Madame Butterfly, se suicide selon le rituel japonais du jigai lorsqu’elle découvre que l’époux américain qui lui a fait un enfant et dont elle a désespérément attendu le retour s’est remarié. L’esclave Liu, dans Turandot, se poignarde afin de protéger l’anonymat du prince dont elle s’est éprise. La cantatrice Tosca se jette dans le Tibre lorsqu’elle découvre que son amant a été fusillé et l’infortunée Mimi, dans La Bohème, meurt des suites d’une tuberculose mal soignée après avoir mis fin à son idylle avec Rodolfo.

La vertu par la mort ?

Bien qu’elle interprète sur scène les arias déchirants qui ont rendu ces opéras célèbres dans le monde entier, Simonne Moesen tente également de mettre à distance les personnages pucciniens en endossant le rôle d’une conférencière qui s’interroge sur les mécanismes dramatiques de ces œuvres. Pourquoi, en effet, les femmes n’atteignent chez Puccini leur statut d’héroïnes qu’en offrant leur vie ? Pourquoi un tel acharnement contre les femmes est-il au cœur d’opéras si populaires ? Que nous apprennent ces opéras où les femmes n’ont comme opportunité pour s’accomplir que le rôle de victimes ? Est-ce à dire que la vertu, pour une femme, passerait par la mort ?

La metteuse en scène espagnole Angelica Liddell a récemment dénoncé, dans sa pièce You are my destiny, cette apologie implicite du suicide comme moyen pour les femmes de se « purifier ». Sur un ton beaucoup plus léger, Moesen choisit pour sa part de tourner en dérision ce déterminisme opératique en imaginant d’autres fins possibles, d’autres voies d’accomplissement pour ces héroïnes sacrificielles. Par l’introduction de ce simple décalage, la comédienne et chanteuse belge met alors en lumière l’impact que peuvent avoir les créations artistiques sur les représentations que nous nous faisons de nous-mêmes et de notre place dans la société. Et l’importance des modèles, même fictionnels, dans la construction de nos identités.

 

Du 19 au 21 mai au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / www.croix-rousse.com

 

Photo © Stef Depover

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