Le documentaire Ouvrir la voix donne la parole à des femmes noires vivant en Europe, qui décrivent les oppressions qu’elles subissent.

Pourquoi faut-il aller voir Ouvrir la voix ? Dans un article publié peu avant les fêtes de fin d’année, le site Slate.fr (qui, au passage, est l’un des meilleurs médias généralistes de France pour ce qui est du traitement des questions féministes et LGBT), se demandait «qui est bell hooks ?», cette féministe noire américaine «incontournable aux États-Unis» mais «inconnue en France». «Inconnue en France», bell hooks (sans majuscules, c’est elle qui y tient) ? C’est vrai, même s’il conviendrait de préciser «inconnue en France du féminisme majoritaire», pour ne pas dire hégémonique, qui est un peu à l’image de sa figure de proue, Élisabeth Badinter : très bourgeois, très blanc et très prompt à qualifier d’universalisme ce qui n’est, au fond, qu’un particularisme parmi d’autres, le sien.

Toujours est-il que l’œuvre de bell hooks commence enfin à être mieux connue en France, grâce notamment aux éditions Cambourakis. Cette maison d’édition a également traduit et publié des textes d’une autre figure du militantisme féministe et lesbien américain, Dorothy Allison, textes réunis dans un recueil, Peau, dont nous vous parlions cet été. Avant cela, Cambourakis a donc édité Ne suis-je pas une femme ? de bell hooks, enfin disponible en français, trente ans après sa parution. La préface à l’édition française de Ne suis-je pas une femme ? a été écrite par une jeune femme française exilée à Montréal, Amandine Gay.

Une étape dans l’émergence de l’afroféminisme en France

Amandine Gay est l’une des figures françaises de l’afroféminisme, ce courant de pensée qui s’efforce de comprendre et de combattre les oppressions diverses que subissent les femmes noires (ou «afro-descendantes»), au croisement du sexisme, du racisme mais aussi bien souvent de l’exploitation économique. Amandine Gay a également réalisé un documentaire grâce à un financement participatif (après que le Centre national du cinéma et de l’image animée a refusé d’avancer l’argent pour soutenir son projet) : Ouvrir la voix.

Le film donne la parole à une vingtaine de femmes noires vivant en Europe qui racontent le racisme ordinaire, parfois inconscient ou «bienveillant» qu’elles subissent. Ouvrir la voix vient tout juste de trouver un distributeur et la sortie en salles nationale n’est pas prévue avant novembre 2017. Mais il a fait l’objet de plusieurs projections, essentiellement en région parisienne, qui ont reçu un accueil très enthousiaste. Nous ne l’avons pas encore vu mais le sujet, à lui seul, mérite qu’on s’y intéresse. Deux projections sont organisées en janvier à Lyon. Une excellente façon de commencer l’année, qu’on vous souhaite bonne et heureuse.

 

Projection (suivie d’un débat) d’Ouvrir la voix
– Jeudi 19 janvier à 17h sur le Campus Berges du Rhône – Grand Amphithéâtre du bâtiment ERATO, 4 bis rue de l’Université-Lyon 7. Inscription obligatoire en envoyant un mail à inscription.chaire.eid@gmail.com
– Lundi 30 janvier à 20h30 au Périscope, 13 rue Delandine-Lyon 2 (séance complète)

Sortie nationale en salles mercredi 11 octobre 2017

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