Chaque mois, Hétéroclite s’intéresse, en partenariat avec le Centre de Santé et de Sexualité de Lyon, à une pratique sexuelle. On s’invite, ce mois-ci, à un plan chem pour se pencher sur les dangers du chemsex.

Lorsqu’en mars Les Inrocks publiaient un grand reportage chez les marathoniens du sexe sous drogues, on était en droit de se demander si le chemsex n’était pas l’apanage d’une poignée de gays parisiens s’octroyant quelques week-ends de sensations fortes dans leurs vies hyper-urbaines. Pourtant, le Réseau des préventions des addictions (RESPADD) a publié en septembre 2016, en partenariat avec de nombreuses associations et avec le soutien de la Direction générale de la santé, un livret d’information à destination des professionnel-le-s et des intervenant-e-s de la santé, de plus en plus souvent confronté-e-s à des patients adeptes du chemsex. Mon docteur a besoin d’un livret spécifique parce que je baise sous ecsta ? Oui, car le chemsex est bien plus complexe que cela.

La consommation d’alcool et de drogues récréatives fait depuis longtemps partie des habitudes sexuelles de nombreuses personnes. La notion de sexe sous-produits est en elle-même assez vague et peut renvoyer à différentes situations, aussi bien chez les hétéros que chez les homosexuel-le-s. Mais le chemsex est très différent d’une simple consommation récréative : il s’agit d’une forme spécifique d’usage de drogues. Ce terme désigne un ensemble de pratiques, spécifiques à certains homosexuels masculins, qui consistent à consommer des produits psychostimulants dans le cadre de sessions sexuelles (les plans chem). Ces sessions sont le plus souvent planifiées et organisées, orientées vers le sexe en groupe et/ou vers des pratiques dites «hard», telles que le fist-fucking. Leur durée peut atteindre plusieurs heures, voire plusieurs jours.

Et tu tapes, tapes, tapes, c’est ta façon d’baiser

Entre la drogue et le milieu gay, c’est une vieille histoire d’amour. Dans un article publié en 2001, le psychologue américain Perry N. Halkitis rapportait déjà une consommation courante dans la communauté gay de méthamphétamines dans un contexte sexuel. Mais l’émergence réelle du chemsex coïncide avec l’arrivée sur le marché des nouvelles drogues de synthèse et avec le développement des applications de géo-localisation comme Grindr. On ne se contente plus désormais de savoir si ses partenaires virtuels sont «act ou pass ?», on peut aussi leur demander un «plan chem».

La pratique du chemsex n’est donc plus un épiphénomène réservée à trois partouzeurs parisiens, bien qu’elle demeure circonscrite aux grandes villes. Elle est devenue vraiment visible à Londres dès le début des années 2010. Depuis, elle semble s’être répandue à d’autres capitales (plus particulièrement Berlin) et dans les grandes agglomérations. Pourquoi cette localisation très urbaine ? Parce qu’il est paraît moins évident de trouver dans une commune de 430 habitants du Larzac : 1- des gays 2- qui font du chemsex 3- et qui ont les drogues nécessaires.

Car les substances que l’on prend durant un chemsex, ce n’est pas de la marijuana bio semée avec amour par des copains néo-hippies. Elles portent des noms un plus que geek que Marie-Jeanne et se récoltent le plus souvent sur le Darknet. Ce sont des drogues psychostimulantes (méthamphétamines, méphédrone, 4-MEC…), généralement associées à des produits sexoactifs (poppers, Viagra…) et/ou à des drogues récréatives types ecstasy, kétamine et GHB/GBL. Mais gare à la descente, qui peut être redoutable. C’est pourquoi certaines drogues (comme les benzodiazépines) peuvent également être consommées pour gérer les lundis matins au bureau.

Risques d’addiction et d’infection

Les dangers du chemsex sont multiples et liés à la fois à la toxicité intrinsèque des produits (risque de K-Hole – phase de dépersonnalisation où l’on perd pied avec la réalité – avec le GHB/GBL) et au risque d’addiction (glissement d’un usage récréatif sexuel à un usage addictif). Suivant les pratiques, les risques infectieux peuvent aussi être présents lors des plans chem, notamment en cas de  slam (injection de psychostimulants). À tous ces dangers s’ajoutent parfois des prises de risques (rapport sexuel non protégé, multiplicité des partenaires) qui peuvent être volontaires… ou non, en raison de la perte du discernement qu’entraîne la consommation de produits.

Dans le milieu gay, le chemsex n’est a priori pas un tabou en soi. Ce qui est tabou, c’est de dire ce qu’il masque chez certains adeptes. Il peut ainsi s’inscrire dans la recherche d’une sexualité «virile». Pour certains, c’est aussi une manière de s’absenter psychologiquement de la scène sexuelle, voire de pouvoir l’oublier par les effets amnésiants de certains produits.

Les associations de santé sont aujourd’hui sur le qui-vive et de mieux en mieux informées sur le phénomène du chemsex. De nombreuses brochures voient le jour, éditées par exemple par Aides ou Keep Smiling… Une fois de plus, autant être éclairé sur le sujet et les risques encourus, parce qu’il est toujours pertinent de se demander si sexe et drogues, c’est rock’n’roll.

 

Renseignements

Permanence « sexualités et produits » par Keep Smiling et le Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie de l’Hôpital de la Croix-Rousse, chaque premier mercredi du mois de 18h à 21h au Centre de Santé et de sexualité de Lyon, 5 rue du Griffon-Lyon 1

Photo tirée du documentaire Chemsex (2015) de William Fairman et Max Gogarty © Peccadillo Pictures

centre de sante et de sexualite lyon c2s logoChronique réalisée en partenariat avec le Centre de Santé et de Sexualité de Lyon

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