Chaque mois, Hétéroclite s’intéresse, en partenariat avec le Centre de Santé et de Sexualité de Lyon, à une pratique sexuelle. Ce mois-ci, on s’octroie un petit plaisir solitaire en sintéressant à la masturbation.

Si l’on se réfère au Dictionnaire de la sexualité humaine du médecin anthropologue Philippe Brenot (2004), la masturbation peut être définie de la manière suivante : «un comportement auto-érotique, pouvant également trouver sa place dans la relation à l’autre et qui participe surtout à la maturation sexuelle par un apprentissage des réactions sexuelles avec le corps propre». Même si cette définition ne paraît pas restrictive, l’activité masturbatoire reste ici centrée sur les zones génitales du sujet et est considérée comme une pratique sexuelle. La masturbation, lorsqu’elle est pratiquée seul-e, entre dans une catégorie plus large que l’on appelle «l’auto-érotisme» et qui se définit par l’ensemble des activités sexuelles, idéiques (mentales) ou motrices, dirigées vers son propre corps. La succion du pouce ou se faire des guilis dans le creux du bras rentrent donc dans cette catégorie.

Une pratique marquée du sceau du péché

Au XVIème siècle, Montaigne invente le mot «manustupration», qui vient de manus, la main, et de stupratio, l’action de souiller. Le mot «masturbation», quant à lui, vient du latin masturbatio et peut être du grec mastropeuein, prostituer. Son étymologie est donc teintée de condamnation morale : la masturbation est alors, bien sûr, considérée comme un péché et l’Histoire sera pleine d’outils destinés à empêcher le plaisir solitaire (gant en cuir et ceinture de chasteté, pour les grands classiques). Le XVIIIème siècle se fera même très inventif en fabulant des liens causaux entre certaines maladies et la masturbation. Cette pratique ne nous rendrait pas seulement sourd-e-s, comme en témoigne le Dictionnaire de médecine et de thérapeutique médicale et chirurgicale publié en 1877. On pourrait même en mourir !

«Dans la seconde enfance et chez l’adolescent, la masturbation est un vice moral qui a les plus déplorables effets sur la santé, car il ébranle les systèmes musculaire et nerveux, il affaiblit l’intelligence et les sens, il altère les fonctions organiques et morales, et il conduit lentement à l’hébétude, à la tristesse, à la paralysie, à la phtisie tuberculeuse pulmonaire et à une consomption mortelle».

Aujourd’hui, la répression morale, principalement religieuse, a été dépassée et, une révolution sexuelle plus tard, le discours médical a changé. Mais le regard sociétal sur la masturbation masculine demeure plus bienveillant que sur la masturbation féminine, encore chargée de tabous.

Et les risques ? On s’en branle ?

Un peu ! Se donner du plaisir seul-e reste la pratique sexuelle la plus safe ! Physiquement, il n’y a, bien sûr, aucun risque médical. Attention toutes fois, s’il y a introduction d’objets dans l’urètre, à ne pas léser ce fragile conduit et à bien aseptiser les gadgets. En cas de masturbation de groupe, il faut faire attention au contact des mains avec le sperme et les muqueuses. Psychologiquement, il n’y a pas de risques non plus. Le soulagement associé au plaisir érotisé dans l’acte de masturbation constitue une manière d’abaisser les tensions psychologiques, ce qui est tout à fait banal. Seul son aspect compulsif doit être entendu comme le signe d’un état de mal-être qui peut nécessiter une prise en charge psychologique. La compulsion est avérée lorsque la masturbation devient envahissante dans le quotidien et perturbe la vie affective, sociale et professionnelle.

Par ailleurs, notre rapport à la masturbation n’a pas vraiment changé si l’on se réfère à une période récente mais les sources de stimulation, lorsque cela est nécessaire, ont considérablement évolué avec l’arrivée des nouvelles technologies de communication. La quantité de matériel pornographique, sa gratuité, peut stimuler mais aussi parfois appauvrir notre imaginaire érotique (qui est un des moteurs de l’activité masturbatoire), ce qui aurait pour conséquence une plus grande dépendance aux images. Il y a peut-être là une bonne résolution à prendre en 2017 : couper YouPorn et redevenir son/sa propre scénariste.

 

Photo : Jamie Bell dans le film Nymphomaniac (2013) de Lars von Trier

 

Chronique réalisée en partenariat avec le Centre de Santé et de Sexualité de Lyon

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