Rencontre avec Karine Deshayes, qui tient le rôle-titre dans l’opéra Alceste, donné ce mois-ci à l’Opéra de Lyon.

La mezzo-soprano Karine Deshayes, déjà récompensée de deux Victoires de la musique classique en tant que meilleure artiste lyrique, revient à l’Opéra de Lyon pour Alceste de Gluck (1767), dans une mise en scène d’Alex Ollé. Excepté un concert caritatif en faveur de la lutte contre le sida au coté de Philippe Jaroussky en 2015, elle n’avait plus chanté à Lyon depuis 2011.

Toute jeune, Karine Deshayes avait déjà en elle le désir d’être musicienne. Après huit années d’apprentissage du violon puis une licence en musicologie à la Sorbonne, elle intègre la classe de chant du Conservatoire national de Paris avant d’être engagée dans la troupe de l’Opéra national de Lyon de 1998 à 2002. De cette expérience, Karine Deshayes parle avec enthousiasme, en raison à la fois de la formation artistique qu’elle y a reçue et des solides amitiés qu’elle y a nouées avec d’autres artistes, comme Jerôme Varnier ou le baryton lyonnais Stéphane Degout.

karine deshayes

Même si elle sait qu’elle ne pourra jamais, de par sa tessiture, chanter certains rôles qu’elle admire (comme la Traviata ou Madame Butterfly), Karine Deshayes ne regrette rien et s’épanouit dans son répertoire. Très remarquée dans les rôles rossiniens (tels que Rosine dans Le Barbier de Séville ou plus récemment Armida), elle affectionne aussi le répertoire baroque et va prochainement enregistrer Radamisto de Haendel avec Max Emmanuel Cencic.

Attirance pour les rôles travestis

Sur scène, elle alterne avec aisance les rôles comiques et dramatiques mais pas seulement. Elle confesse une certaine attirance pour des rôles travestis, ces personnages masculins confiés à des voix féminines. C’est ainsi qu’on a pu l’entendre en Roméo chez Bellini, Chérubin chez Mozart ou encore Sesto chez Haendel. C’est pour elle une sorte de défi théâtral, un travail nécessaire sur la gestuelle qui diffère selon qu’on interprète une femme ou un homme. Artiste très sollicitée, elle essaye malgré tout de consacrer une part de son art au récital, qu’elle estime complémentaire aux représentations scéniques.

L’intimité du récital, la nudité relative du dispositif exige une approche où le texte occupe une place aussi importante que la musique. La poésie doit surgir des mots. Pour Karine Deshayes, cette approche nourrit ses interprétations et elle avoue que, saisie de cette double émotion musicale et poétique, il lui est arrivé de pleurer tout en chantant. C’est ce qu’il pourrait arriver à l’Opéra de Lyon, car lorsqu’elle parle de la profondeur du texte de cet Alceste, on sent déjà sa voix vibrer d’émotion.

 

Alceste , jusqu’au 17 mai à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Aymeric Giraudel

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