L’Opéra de Lyon aime surprendre. Pas d’opéra donc pour ouvrir la saison lyrique 2017-2018, mais une œuvre vocale à mi-chemin entre musique profane et musique sacrée : le War Requiem de Benjamin Britten.

Si l’on a beaucoup disserté sur la vacuité relative de la musique anglaise depuis Purcell, la Grande-Bretagne a trouvé au XXème siècle, avec Benjamin Britten, un représentant digne des plus grands compositeurs des autres pays occidentaux. Né en 1913 et mort en 1976, Britten est marqué par les différents conflits qui jalonnent le siècle et ceux-ci ne cesseront d’inspirer ce pacifiste convaincu – en 1942, il obtient le statut d’objecteur de conscience. Rapidement reconnu par la critique, Britten tisse des liens étroits avec les plus grandes figures du milieu musical et littéraire. Il sera très lié avec les poètes et écrivains homosexuels W. H. Auden et Christopher Isherwood, ainsi qu’avec des artistes comme le violoniste Yehudi Menuhin ou le compositeur Dmitri Chostakovitch.

bronze buste of benjamin britten by georg ehrlich royal festival hall london credit michael ambjorn

En 1936, Britten rencontre le ténor Peter Pears, qui sera son compagnon intime et artistique jusqu’à sa mort. Leur passion résistera à la pression sociale, dans une Angleterre d’après-guerre qui n’est pas tendre avec l’homosexualité, comme en témoigne le sort réservé au mathématicien Alan Turing et la descente de police que Pears et Britten durent subir à leur domicile en 1953.

Une œuvre profondément pacifiste

Avec le War Requiem créé en 1962, Britten affirme une fois de plus son esprit pacifiste. Dès 1939, avec Ballad of heroes, il rendait hommage aux soldats morts en luttant contre le fascisme durant la guerre d’Espagne. En 1941, il réaffirme son rejet de la guerre et de la violence avec la Sinfonia da Requiem. Comme l’indique Xavier de Gaulle dans son livre Benjamin Britten ou l’impossible quiétude (éditions Actes Sud), ces œuvres ne sont pas faites pour glorifier des actes héroïques, mais pour exprimer «les accents contrastés de la colère et de la compassion» face à une violence sans nom.

Le War Requiem est une œuvre mixte qui mêle les textes liturgiques et des poèmes de Wilfred Owen, un poète homosexuel anglais mort au champ de bataille en 1918. La version proposée par l’Opéra de Lyon renoue avec la volonté initiale de Britten de voir les trois solistes issus de trois nations qui se sont fait la guerre au cours du XXème siècle. C’est donc la Russe Ekaterina Scherbachenko, l’Allemand Jochen Schmeckenbecher et le Britannique Paul Groves qui interpréteront ce War Requiem dans une mise en scène du Japonais Yoishi Oida, qui a relevé le défi de théâtraliser une œuvre destinée au concert.

 

War Requiem, du 9 au 21 octobre à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photo de Une : Benjamin Britten et Peter Pears © Victor Parker, May 1975. Image provided by the Britten–Pears Foundation. Ref PH-3-114
Photo 2 : Buste en bronze de Benjamin Britten réalisé par Georg Ehrlich et exposé au Royal Festival Hall de Londres © Michael Ambjorn

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