Hasard du calendrier : Eustache McQueer et Calling Marian, artistes électro et queers lyonnais, sortent tous les deux un EP sur le même label cet automne. Hétéroclite leur offre une vitrine…

Est-ce la première fois que vous vous rencontrez ?

Calling Marian : Eustache McQueer, je l’ai déjà vu deux fois sur scène : une fois au Lavoir public et une autre dans un hangar aménagé sur les Pentes de la Croix-Rousse, il y a peut-être six mois…

Eustache McQueer : Ah oui ! Dans l’atelier d’un mec qui fait plein d’installations lumineuses. C’était hyper cool. Il fait très rarement des soirées là-bas. Moi je te connais de nom, grâce aux soirées La Chatte ou celles du Lavoir. Mais on ne s’est rencontré-e-s qu’il y a peu de temps, lors de la soirée Rotatives organisé par Hétéroclite au restaurant Simple Food. On s’est rendu compte que nos EPs allaient sortir sur le même label, le même laboratoire de son : JFX Lab, une branche du label Jarring Effects qui est davantage portée sur l’électro que sur le dub et le reggae. C’est ce qui nous rapproche.

Calling Marian : Ça et la queerness aussi. On est actifs dans les mêmes cercles.

Quel est votre rapport avec la musique électro ?

Calling Marian : Je fais de la musique depuis la pré-adolescence. J’ai découvert l’électro dès que j’ai eu un ordi entre les mains : je me suis rendu compte qu’on pouvait superposer des pistes, faire des effets…. C’était précoce, mais je n’avais pas du tout les moyens d’évoluer là-dedans. J’ai donc fini le lycée et suis allée en fac de musicologie. À la fin de mes études, j’ai découvert les musiques du XXème siècle, les débuts de l’enregistrement, l’électrification de la musique et donc l’évolution vers les musiques techno, électro, les synthés… C’est là que tout a pris sens. Mais si j’adorais écouter ces musiques et même en faire un petit peu, je manquais d’outils, de connaissances. C’est en arrivant à Lyon que j’ai commencé à mixer dans les soirées La Chatte. C’est là que je me suis rendu compte du plaisir, du potentiel, du rythme et de la transe que crée l’électro.

Eustache, votre rapport à l’électro et la technique est complètement différent puisque, sur scène, vous ne gérez pas cette partie.

Eustache McQueer : J’ai étudié certains logiciels, donc je comprends ce qu’il se passe quand j’entends des choses. Mais mon rapport à l’électro vient surtout de l’expérience de la fête et du fait d’être acteur d’une soirée. Ça a commencé il y a dix ans avec les soirées Tudansesmonchou. C’est là que j’ai découvert qu’il y a une sorte d’addiction à être sur scène, à faire vibrer les gens. Le projet Eustache McQueer est plus queer, plus personnel. Avec mon acolyte, Virilio, on s’est dit qu’on allait faire de la pop et essayer d’être des sortes d’icônes locales, pour faire rêver les gens, pour que les refrains restent en tête , qu’on transpire sur scène, qu’on donne tout et qu’on se jette de la crème fouettée.

Marian, vous avez la même addiction ?

Calling Marian : Je suis un peu moins sale et excentrique qu’Eustache mais oui, je suis tout à fait d’accord sur la dimension addictive de la scène. Avoir le contrôle d’une soirée, te dire que c’est toi qui décides de ce que tu fais aux gens… Quand ça marche, c’est jouissif.

Comment qualifiez-vous le son de l’autre ?

Calling Marian : Le son d’Eustache, c’est de l’acid queer pop !

Eustache McQueer : Merci, c’est cool, acid queer pop ! C’est un compliment.

Calling Marian : C’est acide parce que ça crie et c’est aussi pop, dans ta manière quasi-lyrique de chanter. Quant au queer, il caractérise tout ton show.

Eustache McQueer : Calling Marian est aussi acide et très techno ! C’est un genre que je découvre depuis que j’habite à Berlin.

Vous faîtes tous les deux une électro qui brusque, qui est très orientée club…

Calling Marian : Oui, nous avons une mission club commune, je crois. Moi, c’est ma culture. Mais je peux vous contredire à l’instant, car je viens de faire un morceau pour un court-métrage documentaire sur la drag-queen lyonnaise Messalina Mescalina et c’est une musique très calme, émotionnelle et très atmosphérique, sans rythme mais avec des synthés.

Vous en seriez capable, Eustache ?

Eustache McQueer : Quand je suis seul, je vais dans le cheesy à fond et en ce moment, je suis même cheesy double crème total ! Sur scène, c’est Virilio qui me queerise, qui m’hystérise. Mais au fond de moi, je suis une petite Mariah Carey. En ce moment, j’écoute à fond Bat for Lashes et je pleure, je crie…

Calling Marian : Et tu as une grosse frange…

Eustache McQueer : Oui ! Virilio m’aide à revenir dans le beat, il me fait enlever les verbes des paroles pour que certains morceaux ne soient plus que des mots. C’est comme ça que l’énergie passe.

Vous ne parlez que du live. Comment considérez-vous le travail de studio ?

Eustache McQueer : Avec Virilio, on a enregistré notre premier album dans la spontanéité. Pour le deuxième, nous avons eu envie de quelque chose de plus construit mais qui resterait sincère et ludique. Sachant que c’est le bruit de petit chat génial trouvé en création qui va te faire vibrer sur scène. Et faire vibrer tout le monde. Tout est lié.

Calling Marian : La touche improvisée est importante, mais tu as aussi besoin d’avoir un objet fini, propre. L’improvisation, c’est l’adrénaline. Mais réfléchir sur son projet, c’est capital. Un EP, c’est vraiment une carte de visite. Un DJ-set, ce ne sont pas tes morceaux, et ton live, c’est insaisissable. Ta composition, c’est ton bébé, un travail abouti et pas du tout ennuyeux. C’est jouissif de composer.

Eustache McQueer : Un disque, c’est comme une longue relation. Un concert…

Calling Marian : C’est un coup d’un soir !

 

The Parade de Calling Marian, sorti le 28 septembre sur JFX Lab
En concert le 15 octobre au Sucre, 50 quai Rambaud-Lyon 2

Lake Pearl d’Eustache Mcqueer, sortie prévue mi-novembre sur JFX Lab
En concert le 17 octobre au Ninkasi, 267 rue Marcel Mérieux-Lyon 7

 

Photo © Arnaud Manuel

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