Il y a une chose au moins, dans Les Garçons Sauvages, premier long-métrage de Bertrand Mandico, qui saute aux yeux, et qui ne souffre aucune discussion. C’est sa beauté, le sens de la beauté du réalisateur, sa manière de magnifier chacun de ses plans, d’inventer une esthétique baroque, luxuriante, décadente, vénéneuse… et infiniment sexuelle.

Car voilà bien l’essence même de l’affaire : Les Garçons sauvages est un film sexuel. Pas un film pornographique, non, pas même érotique. Juste sexuel. À l’image des étranges fruits poilus que dévorent les garçons du titre échoués sur une île mystérieuse, des fruits comme des couilles… Et ce n’est qu’une des innombrables incarnations sexuelles (pénis dressés et tatoués, fougères sensuelles, corps dénudés et enlacés…) de ce drôle de récit qui se faufile entre les genres, quel que soit le sens que l’on donne à ce terme, et qui s’amuse à les brouiller.

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Les garçons sont joués par des filles, le récit d’aventures initiatique vire au fantastique, les garçons deviennent des filles au terme de la rencontre avec un terrible capitaine et d’un naufrage… Traités dans un noir et blanc extrêmement stylisé, ces Garçons sauvages dont l’action se situe au début du XXème siècle évacuent d’emblée – et de plus en plus en cours de récit – toute tentation réaliste pour cependant dire quelque chose du réel le plus contemporain, à savoir ce dépassement enfin à l’œuvre du masculin et du féminin.

Feux d’artifices

Pour y parvenir, Bertrand Mandico multiplie les artifices. Si certains sont parfaitement opérants (comme l’utilisation de comédiennes pour incarner les garçons), d’autres paraissent totalement… artificiels, voire contre-productifs, à l’image de la multiplication ad nauseam des références visuelles et narratives (de Guy Maddin à Jules Verne, de David Lynch à William Burroughs et on en passe). Cette débauche ne cesse de détacher du film et de son propos pourtant passionnant, en détournant son maniérisme assumé en pose agaçante étirée à l’infini. Car l’autre faiblesse des Garçons sauvages est là : dans cette manière de distendre le temps. On peut supposer que si l’on adhère au film, on adore se noyer dans ce tempo. Si ce n’est pas le cas, par contre…

 

 

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico, avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel… Sortie en salles le 28 février.

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