À l’heure où l’affaire Harvey Weinstein a permis d’enfin écouter un peu mieux les nombreuses victimes de viols et d’agressions sexuelles, l’artiste rwandaise Dorothée Munyaneza présente Unwanted, pièce qui s’attache à rendre compte de la parole des femmes victimes de viols en temps de guerre.

Ayant fui le Rwanda à l’âge de douze ans, Dorothée Munyaneza a suivi une formation en musique et sciences sociales en Angleterre avant de collaborer en tant que danseuse avec divers chorégraphes, comme Robyn Orlin, Rachid Ouramdane et Alain Buffard. En 2014, elle revient sur son passé rwandais avec Samedi détente, pièce chorégraphique qui met l’accent sur les moments de joie et de rire de la vie quotidienne avant l’horreur du génocide des Tutsis. Pour sa deuxième création, Unwanted, c’est à nouveau dans l’histoire douloureuse de son pays d’origine que Munyaneza est allée puiser.

Elle y dénonce en effet l’utilisation du viol comme arme de masse en temps de guerre. Au Rwanda, durant le génocide (entre avril et juillet 1994), pas moins de 100 000 à 250 000 femmes ont été victimes de viols. Munyaneza est allée à la rencontre de ces femmes brisées, souvent rejetées par leurs proches, et des enfants qu’elles ont parfois eus des suites de leur viol.

Dire l’indicible

Accompagnée de l’artiste plasticien sud-africain Bruce Clarke, du compositeur français Alain Mahé et de la chanteuse africaine-américaine Holland Andrews, Dorothée Munyaneza tente de rendre compte des témoignages recueillis au Rwanda par la musique, le chant et la danse. Dans un décor minimaliste où trônent une colonne debout et une autre couchée, une affiche représentant le corps d’une femme est peu à peu lacérée, déchirée, comme pour témoigner des blessures – physiques et psychologiques – que le temps parvient difficilement à guérir. Les mouvements chorégraphiques sont saccadés, brutaux, donnant vie à la violence subie par les corps féminins réduits à l’état de butin de guerre.

Entre deux reconstitutions de la vie quotidienne des Rwandaises, Munyaneza récite les paroles d’horreur dont elle s’est faite la récipiendaire. Loin de tomber dans le pathos, la chorégraphe cherche également à montrer la force de celles qui ont relevé la tête et continué, tant bien que mal, à vivre malgré l’opprobre populaire dont elles ont été victimes, au-delà même des violences sexuelles. Unwanted vient ainsi nous rappeler combien la culture du viol est ancrée, à différents niveaux, dans nos sociétés patriarcales et constitue toujours une arme redoutable contre l’émancipation des femmes.

 

Unwanted, les 27 et 28 mars à la Comédie de Valence, place Charles Huguenel-Valence / 04.75.78.41.70 / www.comediedevalence.com

 

Photos © Bruce Clarke

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.