Dans la soirée du samedi 10 mars, environ 400 personnes, selon la police, ont défilé lors d’une « Pride de nuit » en Presqu’île lyonnaise pour protester contre une récente vague d’agressions de rue transphobes et homophobes, à l’appel de plusieurs organisations queers.

Première du genre à Lyon, cette « Pride de nuit » a rassemblé une foule à la fois joyeuse et en colère, bigarrée et revendicative, pleine de vie et de force. C’était une de ces manifs qui font du bien à celles et ceux qui y participent, qui montrent qu’on n’est pas seul·es, qui redonnent du courage et de l’espoir face à la laideur du monde et de ses haines.

L’empathie ne suffit pas

L’événement se voulait en « mixité choisie » : les hommes cisgenres hétéros, ceux pour qui la rue, la nuit, est un espace généralement sûr, n’y étaient pas conviés. Ce qui, comme à chaque fois qu’un événement en mixité choisie (ou non-mixité, suivant l’angle sous lequel on voit les choses) est organisé, a provoqué sur les réseaux sociaux la fureur de certaines personnes, en particulier celles qui se sentaient « exclues » d’une manifestation à laquelle, à les en croire, elles brûlaient de prendre part.

Mais quoi qu’on pense sur le fond de la décision des organisateurs et organisatrices de cette Pride de nuit, être un·e véritable allié·e nécessite d’admettre que l’empathie ne suffit pas à se mettre dans la peau d’autrui et qu’elle ne remplace pas l’expérience du vécu. Cela implique aussi de se plier aux décisions prises par les personnes concernées, y compris lorsqu’on ne les comprend pas ou lorsqu’on est en désaccord avec elles. Les allié·es peuvent avoir une place dans les luttes minoritaires, mais cette place sera toujours auxiliaire. Leur rôle est d’être des petites mains, pas des décisionnaires.

Une alternance sans doute nécessaire

La Marche des Fiertés LGBT aura lieu dans un peu plus de deux mois, samedi 16 juin. Cet événement-là est absolument mixte et ouvert à toutes les personnes qui se reconnaissent dans son mot d’ordre. Et, chaque année, on y croise un grand nombre de garçons et de filles hétéros, souvent jeunes, venus faire la fête, boire et proclamer au monde leur solidarité avec les personnes LGBT, le plus souvent à grand coup de slogans consensuels et dépolitisés.

Tant mieux. Le militantisme a sans doute besoin de cette alternance entre des moments ouverts à tou·tes et d’autres où les personnes concernées peuvent se retrouver entre elles. Mais si la solidarité des allié·es est parfois bienvenue, elle ne doit jamais être indispensable. On espère en tout cas que tous les hommes cisgenres hétéros qui se sont plaints de ne pas pouvoir venir à la Pride de nuit seront présents à la Marche des Fiertés LGBT…

 

Photo : Pride de nuit en mixité choisie, samedi 10 mars 2018 à Lyon © Arsène M. Photography

Trackbacks/Pingbacks

  1.  Pourquoi l’extrême-gauche donne (toujours) le là :: RESILIENCETV
  2.  Pourquoi l’extrême-gauche donne (toujours) le là – Par Lucien SA Oulahbib Prologue de Gérard Brazon – Libre Expression

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *