À l’occasion de la sortie de son premier long-métrage, Corpo elétrico, le réalisateur brésilien Marcelo Caetano a évoqué avec nous la situation des personnes LGBTI dans un pays bouleversé par des changements politiques et travaillé par la question des corps.

Quelle est l’attitude de la société brésilienne vis-à-vis des personnes LGBTI ?

Marcelo Caetano : La situation actuelle au Brésil est très complexe. Il y a une exposition très grande des corps queers dans les médias. Et le mariage a été ouvert aux couples homosexuels en 2013. Mais on observe aussi une réaction négative très grande face à ces formes de libération. Cela se traduit par beaucoup de violence contre les femmes cis et les personnes trans, noires, de la périphérie, marginalisées…

Est-ce que vous liez ce climat persistant d’homophobie et de transphobie à la situation politique actuelle ? Je pense notamment à l’arrivée au pouvoir du nouveau président Michel Temer, le successeur de Dilma Rousseff.

Marcelo Caetano : Je crois que la destitution de Rousseff et l’arrivée au pouvoir de Temer sont la conséquence d’une réaction conservatrice. Dans cette période difficile, Corpo elétrico ouvre la porte au dialogue entre les hétérosexuels et les homosexuels, les évangéliques et les gens qui défendent la laïcité. Nos dirigeants actuels ont beaucoup de pouvoir, ils sont machistes et homophobes, et notre obligation désormais est de combattre cela par le dialogue.

Comment, dans ce contexte, le film a-t-il été reçu au Brésil ?

Marcelo Caetano : Il a rencontré un écho très fort dans les cinémas d’art et essai et provoqué quelques discussions intéressantes. C’est peut-être parce que la représentation des corps dans Corpo elétrico est assez différente de ce qu’on a pu voir dans le cinéma brésilien jusque-là.

Est-ce que l’étiquette de film gay s’applique à votre film ou est-ce que vous la trouvez trop réductrice ?

Marcelo Caetano : Non, je ne la trouve pas trop réductrice, parce que je crois qu’elle laisse la possibilité au public de dialoguer avec notre communauté. Généralement, dans les films gays, l’histoire, et ce qu’elle contient de revendications sociales et queers, se déroule dans l’espace privé. C’est important de gagner l’espace public. Le problème de beaucoup de films LGBTI, c’est qu’on a souvent l’impression qu’ils parlent seulement d’histoires d’amour romantiques dans une société violente ou de coming-out. Ces histoires ne m’intéressent pas.

Le titre du film fait référence à un poème de Walt Whitman. Est-ce que d’autres artistes, notamment des cinéastes, vous ont influencé pour Corpo elétrico ?

Marcelo Caetano : Oui, l’influence de Whitman est très importante parce que beaucoup d’images du film viennent de ses poèmes. J’ai aussi appris beaucoup en voyant des films de Maurice Pialat. À nos amours est un film que j’admire parce que le réalisateur laisse les corps exister devant la caméra, qui se fait presque anthropologique. J’aime beaucoup ce type de travail.

 

Corpo elétrico, sortie en salle mercredi 16 mai.

Avant-première vendredi 4 mai à 20h en présence de Marcelo Caetano au Cinéma Opéra, 6 rue Joseph Serlin-Lyon 1

Un Réponse à “Marcelo Caetano : visibiliser les corps marginalisés au Brésil”

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