Mercredi 25 avril se déroulait la première table ronde (d’une série de trois) visant à mieux cerner les débats qui agitent le milieu LGBTI. Intitulée «Solidarités internationales et réfugié·es LGBTI» et organisée par Hétéroclite, le festival Intérieur Queer et le Centre LGBTI de Lyon, elle avait pour objectif de fournir des éléments de réponse à deux questions, énoncées dans les premières minutes du débat : «comment accueillir les réfugié·es LGBTI ?» et «comment aider celles et ceux resté·es dans leur pays et persécuté·es ?». Compte-rendu des débats de la soirée.

L’animation été assurée par Romain Vallet et Stéphane Caruana, respectivement rédacteur en chef et directeur de publication du magazine Hétéroclite. Deux intervenant·es étaient présent·es pour évoquer la situation des réfugié·es LGBTI en France : Christophe Martet, membre de l’ARDHIS (Association pour la Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et transsexuelles à l’Immigration et au Séjour) depuis octobre 2015, et Sama Benachir, jeune Marocaine trans qui a quitté son pays pour la France en juillet 2017.

Fuir les LGBTphobies au Maroc…

Cette dernière est d’abord revenue sur son parcours au Maroc. «C’est un pays que j’ai toujours aimé», a-t-elle déclarée en introduction. Un court reportage, filmé par des militants LGBTI marocains, a ensuite été diffusée. On y voit Sama Benachir, alors qu’elle vivait encore sous une identité d’homme homosexuel, interrogée sur les violences qu’elle subit alors au Maroc et sur son séjour en prison de trois mois pour «acte contre-nature». Sama Benachir, une fois la projection terminée, a expliqué qu’au Maroc, l’existence de personnes trans n’est pas reconnue : seule l’homosexualité est utilisée comme catégorie générale et fourre-tout pour toutes les personnes queer et LGBTI. «Telle que vous me voyez maintenant, c’est ma vraie personnalité» a-t-elle affirmé.

Sa venue en France est la conséquence des mauvais traitements et des menaces LGBTphobes qui mettent sa vie en danger dans son pays : «j’ai pensé : “si je reste, je me suicide”». Pour venir en France, Sama Benachir a fait plusieurs demandes de visa : les premières ont été refusées. Le Consulat de France au Maroc savait, selon elle, que s’il lui attribuait un visa, elle ne reviendrait pas dans son pays natal. Finalement, une militante associative s’est portée garante de Sama, à condition qu’elle revienne au Maroc. Elle ne le fera pas. «J’ai trahi sa confiance», a-t-elle confié avec tristesse. Son but, aujourd’hui, est de continuer ses études en France.

… et rencontrer indifférence et racisme en France

Une fois en France, Sama Benachir se tourne vers des associations LGBTI pour leur demander de l’aide, mais elle est parfois déçue du manque de solidarité dont elles font preuve : «il faut que l’association ait des principes écrits dans sa charte en ce qui concerne les réfugié·es, sinon elle ne les aide pas». Au sein même du Centre LGBTI de Lyon, Sama Benachir dit avoir subi des formes de discrimination, notamment au travers de propos racistes. Elle s’est dit surprise pas le fait que certain·es la rejettent simplement parce qu’elle n’est pas Française et qu’il y ait «tellement de haine dans la communauté LGBT».

Ses propos déclenchent quelques interventions et Sama Benachir précise que seule l’association 2MSG (Migrations, Minorités sexuelles et de Genre), qui a refusé de participer au débat, lui est véritablement venue en aide. La vice-présidente du Centre LGBTI, Danièle Authier (membre de l’association FRISSE), a indiqué que le Centre LGBTI de Lyon était le reflet de la société actuelle avec ses discriminations en tout genre. Elle a aussi invité les personnes racisées et les femmes féministes à s’engager dans le Centre, car elles manquent cruellement.

Tous les liens avec le pays d’origine ne sont pas rompus

Sama Benachir a par ailleurs expliqué qu’elle avait toujours des relations avec sa famille restée au Maroc et que son grand-père, qui l’a prise sous sa responsabilité lorsque le père de Sama est décédé, a financé ses études et veut la voir heureuse. Elle a ajouté que sa famille est fière qu’elle soit protégée. Pour Sama Benachir, le problème n’est pas le Maroc en tant que tel, mais la loi en vigueur dans ce pays. «Là-bas, la victime est le criminel», a-t-elle raconté. En effet, si une personne porte plainte après une agression homophobe, elle est interrogée sur son orientation sexuelle, et si elle reconnaît être homosexuelle, elle est envoyée en prison. Cependant, «la France n’est pas le paradis, mais ça va. Au début, avant de venir, je pensais que ça l’était» a confié Sama Benachir.

Enfin, Sama Benachir est revenue sur l’agressivité dont elle peut faire preuve dans la rue quand elle se sent menacée. «C’est pour me protéger», a-t-elle expliqué. «La colère a un rapport avec mon expérience».

L’ARDHIS, une association qui vient en aide aux réfugié·es LGBTI

S’en est suivie une prise de parole de Christophe Martet, venu afin de présenter l’association parisienne ARDHIS. Celle-ci cherche à faire connaître leurs droits aux réfugié·es LGBTI et à les conseiller pour certaines de leurs démarches. Créée voilà presque vingt ans, cette association se chargeait au départ d’aider à la régularisation des couples bi-nationaux. Elle est aujourd’hui constituée d’une quarantaine de bénévoles. Le nombre de demandeur/ses d’asile pris·es en charge augmente chaque année. Ce sont majoritairement des hommes. Ils sont originaires d’une grande diversité de pays (même si une majorité d’entre eux est née en Afrique subsaharienne) et de tous les âges (une part importante d’entre eux, un tiers, ont toutefois entre vingt-cinq et vingt-neuf ans). L’association propose une réunion mensuelle d’information, ouverte à tou·tes, chaque deuxième samedi du mois.

Rentrer dans les cases de l’OFPRA

Christophe Martet a aussi présenté le fonctionnement de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA). Les migrant·es ont 21 jours pour raconter leur histoire à un membre de cet organisme, ce qui est difficile, notamment du fait que les réfugié·es doivent se définir selon des catégories («gay», «lesbienne», «trans») qui ne sont pas forcément utilisées dans leur pays d’origine. «Il faut verbaliser tout cela», a raconté Christophe Martet. C’est ensuite l’OFPRA qui prend la décision d’accepter ou non la demande d’asile. L’attente peut être longue («de trois mois à beaucoup, beaucoup plus»).

Si l’organisme refuse la demande d’asile, ce qui arrive dans la majorité des cas, le/la migrant·e a quinze jours pour déposer un recours en apportant de nouveaux éléments, cette fois devant un tribunal. En revanche, si elle obtient le statut de réfugié·e, «la personne ne peut pas retourner dans son pays pendant dix ans», a expliqué le représentant d’ARDHIS. En outre, les places en centre sont très limitées et le retour des migrants dans leur communauté d’origine peut parfois être violent, à cause de l’homophobie et du sexisme.

La demande d’asile est donc un processus lourd et complexe, «un parcours du combattant qui dure deux ou trois ans», et c’est pourquoi Christophe Martet a insisté sur la nécessité des associations spécialisées, qui proposent une expertise légale et juridique.

Taire sa bisexualité

Christophe Martet a également expliqué que les lesbiennes obtiennent plus souvent le statut de réfugié·es que les gays, notamment parce qu’elles sont peu nombreuses. En revanche, il déconseille aux migrants d’évoquer leur bisexualité devant les fonctionnaires de l’OFPRA car, pour beaucoup d’entre eux, celle-ci ne justifie pas l’octroi d’un statut de réfugié·es. C’est ainsi par exemple que Moussa, réfugié guinéen bisexuel, a vu sa demande d’asile rejetée par l’OFPRA et sa parole remise en cause par la députée LREM de l’Allier (elle-même ouvertement lesbienne) Laurence Vanceunebrock-Mialon. Il y a donc encore du travail à effectuer pour faire évoluer les mentalités au sein de l’OFPRA et c’est pour cela que l’ARDHIS met en place des formations pour les officier·es de cet organisme.

Enfin, le représentant de l’ARDHIS a terminé en évoquant une difficulté inattendue à laquelle font face certain·es personnes migrant·es lorsqu’elles obtiennent le droit d’asile : si elles ont moins de 26 ans, elles ne toucheront aucune aide de l’État, contrairement aux réfugié·es de plus de 26 ans qui peuvent obtenir le RSA.

Le débat a donc permis de mettre en lumière les difficultés (nombreuses !) auxquelles se heurtent les réfugié·es, dans leur pays d’origine aussi bien qu’en France, ainsi que celles rencontrées par les associations qui tentent de leur venir en aide. Quant aux solutions, bien que quelques-unes aient été proposées, elles dépendent encore beaucoup de nous et du regard que l’on porte sur les demandeurs et demandeuses d’asile LGBTI…

 

Photo : cortège « Refugees welcome » à la Pride de Londres en 2016 © Alisdare Hickson

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