Et si ça se jouait là ? Depuis quatorze ans, le feuilleton Plus Belle La Vie montre des personnages gays ou bis, donne à voir des familles homoparentales et accompagne désormais la transition d’un de ses personnages.

On a fait sa connaissance sous le nom de Clara. Appelez-le désormais Antoine. Enola Righi incarne ce jeune garçon trans de 15 ans, apparu l’an dernier dans la série phare de France 3 Plus Belle La Vie et qui a fait son coming-out trans ces dernières semaines. Le tout sous les yeux – peut-être écarquillés, mais qu’importe – de plus de quatre millions de téléspectateurs et téléspectatrices quotidien·nes. Même si les statistiques manquent pour analyser qui sont ces aficionados (qui nous sommes !), il semble évident que ce public n’est pas celui du Lavoir ou de la GS.

Demandez autour de vous : ce sont nos tantes, nos grand-mères, des ruraux plus que des urbains pour qui Dalida est une chanteuse populaire et pas une icône gay. Depuis 2004, ils et elles suivent les aventures souvent rocambolesques des habitants du Mistral, ce quartier imaginaire de Marseille, calqué sur le Panier. Et si c’était là, sur France 3, entre Le Journal des sports et le prime time, qu’une partie des Français·es voyaient des hommes ou des femmes s’embrasser naturellement pendant qu’en face, chez Bolloré, Hanouna débite des insanités au kilomètre ? Peut-être d’ailleurs ces deux programmes ont-ils des téléspectateurs communs. Et alors ? Ce que propose Plus Belle La Vie (PBLV pour les intimes) a l’immense mérite d’exister sans étendard. C’est la simplicité avec laquelle sont abordés ces sujets LGBT – parmi une kyrielle d’autres – qui fait sa force.

Du mariage pour tous à l’inclusion d’un personnage trans

Le 23 avril 2013, il y a tout juste cinq ans, l’Assemblée nationale vote en deuxième lecture l’adoption du projet de loi «ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe». Le 17 mai, la loi est promulguée, faisant de la France le neuvième pays européen (et le quatorzième pays au monde) à autoriser le mariage homosexuel, après de longs mois d’une contestation crasse et raciste. Et le 12 juillet, dans Plus Belle La Vie, Thomas Marci, serveur au bar du Mistral, épouse Gabriel Riva, médecin. Le tout sous les applaudissements de leur famille, dont la belle-mère de l’un d’eux, véritable grenouille de bénitier, qui avait grommelé un peu lors des préparatifs. C’est le premier mariage gay dans une fiction française et ce n’est pas (qu’)un coup de com’.

Car le personnage de Thomas Marci est un pilier de la série, qui a connu plusieurs compagnons, qui a embrassé langoureusement tous ses amoureux. À chaque fois, la série a montré que les histoires d’amour comme les ruptures étaient les mêmes pour tou·tes. Et les questions que se posent désormais le personnage trans d’Antoine pourraient être reprises par tou·tes : qui sommes-nous ? Quels désirs nous gouvernent ? Antoine est un garçon mais son père prend cela pour une crise de la puberté. Et voilà qu’un acteur trans (le premier dans une série française) est invité à rejoindre le casting.

Pédagogie à une heure de grande écoute

Jonas Ben Ahmed incarne Dimitri, représentant d’une association trans qui définit doctement la «dysphorie de genre» et explique qu’«on confond toujours le genre et le sexe. On peut très bien être un homme et avoir des organes féminins et vice-versa». Sans angéliser l’affaire (Antoine sera violemment pris à partie par ses camarades lycéens, par son frère aussi), ces épisodes disent sans ambages qu’il n’est pas question de choix mais d’acceptation : «qu’[Antoine] soit trans, queer, binaire, non-binaire, on s’en fout, c’est ton enfant !». Car ce qui sous-tend ce feuilleton, comme lors d’un épisode précédent qui mettait en scène l’avortement d’une ado, c’est la liberté de chacun·e de disposer de son corps.

Un reflet de la société sans parti pris ?

Pour Jean-Yves Le Naour, historien spécialiste de la Première Guerre mondiale (!) qui a consacré en 2013 un ouvrage à la série, PBLV représente la société telle qu’elle est, sans prendre parti. Mais en réalité, elle ne fait que ça. Et c’est heureux. Tant pis pour les inévitables messages de téléspectateurs et téléspectatrices hargneux/ses que reçoit France 3 et que cite Jean-Yves Le Naour. Certains préféraient La Cage aux folles et trouvent choquant que des enfants voient deux hommes s’embrasser. Mais l’audience ne fléchit pas. Et dans l’armée de scénaristes, à l’américaine, qui rythme cette série (sous la houlette de Pierre Monjanel), se glisse même le «jeune cinéma français». La réalisatrice Rebecca Zlotowski, qui en fait partie, affirmait dans un article dédié à la série dans SoFilm en 2017 que «Plus Belle La Vie est peut-être le meilleur objet de fiction engagée».

Ces derniers mois, Thomas et Gabriel sont devenus grands-pères grâce à leur fils, Baptiste, adopté lorsqu’il était ado et qui ne supportait pas au départ d’être «avec des pédés». Antoine se fait peu à peu accepter et évoque son envie de traitement hormonal. Quant à Dimitri, le militant associatif trans, il se promène avec un landau sur la place du Mistral et a eu, dans l’épisode 3503 du 28 mars, cette phrase pleine de bon sens et qui pourtant peut sembler sidérante en-dehors du milieu LGBT : «le bébé ? On l’a eu avec un don de sperme en Belgique, tout simplement». PBLV ? CQFD.

 

Plus Belle La Vie, du lundi au vendredi à 20h30 sur France 3 et en replay sur www.plusbellelavie.fr/replay-des-episodes

Plus Belle La Vie, la boîte à histoires de Jean-Yves Le Naour, PUF

 

Photo de Une : Antoine et Dimitri (Enola Righi et Jonas Ben Ahmed) dans Plus Belle La Vie
Photos 1, 2 et 3 : Antoine (Enola Righi)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.