Après Les Rencontres d’après minuit, Yann Gonzalez signe son deuxième long-métrage, Un couteau dans le cœur. Un thriller en demi-teinte, avec pour toile de fond une boîte de production de films pornos gays.

Mieux vaut avoir le cœur bien accroché durant les premières minutes de Un couteau dans le cœur. Dans un décor pop de la fin des années 1970, un jeune acteur de films pornos gays, allongé nu sur un lit, se fait poignarder à coups de gode-couteau en cuir. Un meurtre d’une férocité et d’une efficacité inattendues et une violence que l’on retrouvera à chaque nouvel assassinat, dans des scènes savamment stylisées et orchestrées. Des extraits de films pornos de l’époque se superposent aux scènes de crimes et à d’autres images, tournées en négatif, comme le revers de l’histoire, l’autre face du récit dont le sens ne sera révélé qu’à la fin.

Un couteau dans le cœur est un thriller de l’obsession, avec ces meurtres qui ébranlent une boîte de production de films pornographiques gays, dont Anne (Vanessa Paradis) est la patronne. Amoureuse éperdue de sa monteuse Loïs (Kate Moran), elle tente tout pour la reconquérir, y compris par ses films. Au-delà de l’intrigue policière et de cette histoire d’amour, ce film est un hommage non dénué d’humour au cinéma porno des années 1970 et plus largement au septième art. Une passion « qui fait vibrer » les personnages et que Yann Gonzalez partage vraisemblablement, en parsemant son film de références, ici à Jean Rollin, là à Jean Cocteau ou au giallo.

« Mettre en lumière les marges »

Le film flirte parfois avec le fantastique, sans jamais s’y abandonner tout à fait cependant, nous laissant sur notre faim, comme pour les autres inspirations du réalisateur, ni affirmées ni travesties. Un couteau dans le cœur est un film « sur les pulsions de cinéma » d’après Yann Gonzalez, où « la vie déborde du cinéma et le cinéma déborde de la vie ». Une confusion délibérée entre cinéma et réalité que l’on retrouve lorsqu’Anne réalise des scènes qui reproduisent des événements vécus, comme en miroir déformant de la vie.

En projetant son équipe, formée lors de son premier long-métrage Les Rencontres d’après minuit (2013), dans un univers porno gay des années 1970, Yann Gonzalez a voulu réaliser un film « contre le précédent, plus électrique, plus urbain, plus éclaté ». Il tenait également à « mettre en lumière les marges », une visibilité amplifiée par le dernier Festival de Cannes durant lequel Un couteau dans le cœur a été projeté.

Petit bémol cependant : on nous avait présenté ce film comme le grand retour de Vanessa Paradis, mais l’actrice n’est que tièdement convaincante – à l’inverse d’un Nicolas Maury étonnant. Est-ce le costume du personnage d’Anne qui n’est pas taillé pour elle ou les dialogues trop écrits qui trahissent l’actrice ? Le film nous laisse en tout cas avec comme un pincement au cœur…

 

Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Bertrand Mandico…

En salle depuis mercredi 27 juin

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