C’est un bel enjeu cinématographique, le corps des acteurs·trices, s’en rapprocher ou s’en éloigner, le rendre infiniment charnel ou le faire disparaître derrière des oripeaux plus ou moins bien ajustés.

Le corps, montré ou dissimulé, affirmé ou hésitant, comme une question d’identité. Des personnages bien sûr, des films tout autant. Soit donc Sauvage d’un côté, et son héros Léo (magnétique Félix Maritaud), prostitué au corps aussi sexy qu’en pleine déroute au fil de ses errances, de ses clients, des violences qu’il encaisse, de la liberté absolue terriblement romantique mais autodestructrice qu’il revendique. Et en face Il ou elle, et J., 14 ans, ni fille ni garçon, les deux plutôt comme l’indiquent son corps qui passe d’une robe à une salopette et le pronom indéfini (et pluriel !) par lequel J. veut qu’on l’appelle, They, J. que le film saisit à ce moment où il lui faut choisir : ne plus être They, mais devenir lui, ou elle, pour des raisons médicales.

Tout sépare Léo de J., et plus encore Sauvage de Il ou elle. Le film de Camille Vidal-Naquet revendique une forme de réalisme cru — qui s’avère souvent complaisant — dans sa peinture du monde dur des tapins. Cette volonté documentaire affichée cependant se fracasse sur le stupéfiant déni du sida traversant Sauvage où, bien que Léo, avec son corps sans cesse exposé, offert, fréquente assidûment des médecins qui lui posent toutes sortes de questions sur sa vie (ses rapports avec sa famille, son sommeil, sa nourriture…) aucun ne lui demande jamais s’il est séropo, s’il est sous traitement, s’il prend des risques avec ses multiples partenaires, s’il s’est fait dépister, etc. Cette réalité-là, si prégnante pourtant aujourd’hui, n’existe pas ici, et c’est tout le film qui devient irréel. À l’inverse, le film d’Anahita Ghazvinizadeh affiche un détachement, une distance, qui semblent presque déréalisants face à leur sujet, laissant en suspens la question théorique du genre, laissant surtout J. libre de choisir, seul·e, son identité. Sous sa forme parfois trop arty et glacée, en effleurant à peine le corps de son héros/héroïne, Il ou elle parvient à capter la réalité d’un être en devenir. 

 

 Sauvage, de Camille Vidal-Naquet, avec Félix Maritaud. En salles Sauvage-Camille Vidal-Naquet 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il ou elle, de Anahita GhazvinizadehIl ou elle, de Anahita Ghazvinizadeh, avec Rhys Fehrenbacher. En salles  

 

 

 

 

 

 

 

 

© Sauvage, de Camille Vidal-Naquet,

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