Après Quatrième génération (2007), le recueil de nouvelles Insurrections?! en territoire sexuel (2009) et La Mère, la Sainte et la Putain (2012), Wendy Delorme revient à la fiction littéraire avec Le corps est une chimère, un roman choral où la parole est majoritairement donnée aux femmes, et en particulier aux lesbiennes. 

 

Autrice, universitaire, militante lesbienne, ancienne performeuse queer néoburlesque, à tout juste 39 ans, Wendy Delorme a déjà eu mille vies. Quoi de plus logique, donc, qu’un roman choral, pour faire part de ces expériences multiples ? Sept personnages principaux se succèdent au fil des chapitres, cinq femmes dont trois lesbiennes et deux hommes, auxquel·les vient s’ajouter une  galaxie de personnages secondaires. Chaque fragment de l’ouvrage vient éclairer une facette de ces personnages dont les destins vont peu à peu s’entrelacer. Or, il s’agit bien de fragments plus que de chapitres, tant les personnages de Wendy Delorme semblent fissuré·es, par la confrontation avec le réel, leur passé, leur histoire personnelle. Car, si un constat s’impose à la lecture  – plaisante – du Corps est une chimère, c’est que le roman est bien plus sombre que sa forme d’apparence légère ne le suggère.

 

Les personnages permettent en effet à l’autrice d’aborder divers sujets de société de manière pertinente. La PMA, l’homoparentalité, l’identité de genre, l’âgisme, le statut des travailleurs et travailleuses du sexe, le racisme, le viol sont autant de thèmes que Wendy Delorme traite de manière frontale. Les circonvolutions administratives autour du recours à la procréation médicalement assistée à l’étranger, une session avec un client ou un examen gynécologique sont autant de scènes, rares dans la fiction, que l’écrivaine décrit méticuleusement, donnant à voir de manière crue ce que la littérature a tendance à enjoliver ou à cacher, rendant la parole aux premières concernées. En cela, l’ouvrage se révèle un témoignage précieux, véritable reflet de notre époque.  

 

Poursuite du vent ? 

 

Mais il y a un autre aspect de notre époque dont le roman se fait le témoin. Et c’est celui de la désillusion. Bien que l’autrice ne semble jamais totalement renoncer à l’espoir d’une société plus égalitaire, les personnages sont empreint·es d’une tristesse et d’une amertume dont les pages laissent entrevoir l’abîme, comme un voile que l’on tire sur une porte dérobée. L’État de droit se révèle un concept inopérant, la condition des femmes laisse peu de place aux réjouissances et la route reste longue pour que les personnages puissent pleinement panser leurs blessures. Le combat continue, certes, mais le bonheur semble hors de portée. Et c’est hélas sans doute la justesse de ce constat qui rend le roman si puissant. 

 

Le corps est une chimère de Wendy Delorme (Au Diable Vauvert). En librairie. 

Wendy Delorme sera à la librairie Ouvrir l’oeil (18 rue des Capucins – Lyon 1) le 20 septembre à 19h et à la librairie Terre des livres (86 rue de Marseille Lyon 7e) le 20 octobre à 15h.

 

© Daria Ivanova

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