Filactions, association spécialisée dans la prévention des violences faites aux femmes et la Bibliothèque Municipale de Lyon mettent à l’honneur le matrimoine lyonnais à travers huit portraits de femmes qui ont influencé leur époque.   

 

En 2014, l’ONG féministe Soroptimist déballait sur la place publique ce que les femmes savaient déjà : seulement 3% des rues possédant des patronymes de personnalités publiques portent celui d’une femme. Un constat qui n’a rien d’étonnant pour l’historienne spécialiste de l’histoire des femmes, Christine Biard, qui soulignait en 2017 sur le média Brut le parallélisme entre l’absence de femmes dans la dénomination des rues et « l’effacement des femmes de la mémoire collective ». Afin de donner aux femmes la place légitime qui leur manque dans l’espace public et donc dans la mémoire collective, l’association Filactions organise des visites urbaines valorisant le matrimoine lyonnais. En collaboration avec la Bibliothèque Municipale de Lyon, elle livre aujourd’hui un dossier thématique virtuel intitulé Où sont les femmes ?, constitué notamment de portraits de femmes lyonnaises qui ont influencé leur époque, leur domaine d’activité et plus globalement l’histoire intellectuelle, technique, artistique et sociale.  

 

Une histoire de la condition féminine  

Huit portraits sont ici dressés : Sainte-Blandine (fan de Jésus), Juliette Récamier (femme de lettres conspirant contre le régime napoléonien), Marceline Desbordes-Valmore (poétesse maudite), Madame Girard (influenceuse du XIXe siècle), Julie-Victoire Daubié (première femme bachelière), Clotilde Bizolon (qui bichonnait les poilus), Eugénie Brazier (première cheffe à obtenir trois étoiles au célèbre guide Michelin) et Françoise-Hélène Jourda (architecte militante écologiste). Huit femmes, huit époques et huit histoires accompagnées d’images, de dessins et de textes d’archives très bien amenés. Au-delà de la valorisation du matrimoine, c’est l’histoire de la condition féminine et de l’assujettissement des femmes qui nous est contée : Julie-Victoire Daubé, à qui on avait interdit de suivre des cours à la Sorbonne, est morte avant d’avoir pu terminer son doctorat, Marceline Desbordes-Valmore écrivait pour consoler la douloureuse perte de ses cinq enfants et Juliette Récamier a été mariée par ses parents à un de leurs amis, ami qui se révéla être son père biologique. À la lecture de ces portraits, des certitudes demeurent. La première est que la force des idées et des convictions fait avancer chaque jour la cause des femmes et reculer la domination masculine. La seconde est que cette galerie de portraits aurait mérité plus qu’un dossier thématique virtuel. Faisons place aux femmes dans les espaces d’exposition, et cela va de soi, dans l’espace public. 

 

Où sont les femmes ? Galerie de portraits à lire sur numelyo.bm-lyon.fr 

 © Juliette Récamier par Jacques-Louis David

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