Justement couronné à Cannes par la Queer Palm, Girl accompagne une jeune fille trans vers son destin de danseuse. Une merveille.

 

Girl, c’est l’histoire de Lara, une jeune fille qui veut à toute force devenir danseuse classique, avec toute la discipline que cela implique, les exténuantes répétitions des pliés et des jetés, la souffrance des pointes et des pieds en sang, l’obligation d’allier la puissance et la grâce. Et Lukas Dhont, le très jeune réalisateur belge (27 ans) de ce premier long-métrage étourdissant, filme cela, les exercices sans cesse repris, les mouvements du corps de Lara reflétés dans les miroirs, avec une extrême précision, et autant d’intensité que de beauté. Il faut insister sur cela, car c’est le cœur du film : Girl est le portrait d’une ado de 15 ans qui maltraite et contraint son corps pour qu’il devienne celui dont elle rêve, un corps de ballerine, quitte à se faire mal et en faire trop, parce que le temps lui est compté : son école de danse ne lui a donné que quelques semaines pour faire ses preuves.
 

Sans hésitation

 
Ce qui est merveilleux avec ce film dont le titre affirme d’emblée, sans hésiter, sans faux-semblants, l’identité de son héroïne, c’est qu’il fait passer presque au second plan l’autre bataille de Lara contre son corps : celle d’une jeune fille à laquelle la naissance a assigné un corps de garçon. Car oui, on ne l’a pas encore dit, Lara est une jeune trans en plein parcours de réattribution de sexe. Et comme pour sa vocation, elle voudrait que cela aille plus vite, que les hormones fassent plus d’effets, que ses seins chaque jour aient grossis, que son pénis ait disparu… Lara a l’impatience parfois brutale de la jeunesse.
Girl est un film magistral qui ne questionne pas plus la passion de Lara que son genre. Et pour personne autour d’elle ce n’est une question, surtout pas pour son père, si soutenant, si rassurant, ni pour ses profs, même pas pour les autres élèves en dépit de la cruauté de certaines. Et certainement pas pour les spectateurs qui savent sans l’ombre d’un doute que Lara est une jeune fille qui danse, et rien d’autre. Cette force d’évidence inouïe, le film la doit à l’interprète de Lara, Victor Polster, jeune danseur qui transcende avec une impressionnante virtuosité toutes les notions liées au genre. D’aucun·es regretteront le choix d’un acteur cis pour jouer un personnage trans. C’est une question politique qui mérite d’être débattue. Mais d’un pur point de vue cinématographique, la composition de Victor Polster emporte toutes les réticences.
 
lukas-dhont-girlGirl, de Lukas Dhont, avec Victor Polster
Sortie le 10 octobre

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