La réalisatrice de The Ballad of Genesis and Lady Jaye, Marie Losier, propose avec Cassandro, the Exotico! le portrait touchant et captivant dun catcheur mexicain gay. 

 

On ne sait qu’admirer le plus chez Cassandro, ce catcheur mexicain qui défie les genres, et dont Marie Losier a fait le héros de son nouveau documentaire : sa force ? son courage ? sa popularité ? sa carrière ? son titre de champion du monde ? sa résistance physique et morale ? sa façon d’assumer son homosexualité dans un milieu machiste ? son extravagance sur le ring ? ou son invraisemblable brushing, qu’il laque et relaque avant chaque combat, crinière impeccable qui est son image de marque, une partie en tout cas, à côté de son maquillage outré et de ses tenues flamboyantes ? 

Cassandro, on l’aura compris, est un personnage hors normes, hénaurme, un de ceux qui pourraient n’être que folkloriques s’ils n’étaient saisis par une caméra aussi sensible et bienveillante que celle de Marie Losier. Car c’est bien là ce qui fait toute la différence : le regard de cette réalisatrice venue de l’art contemporain, qui prend le temps, derrière sa caméra 16mm, de nouer une véritable relation amicale avec celles et ceux qu’elle filme, qui entame un dialogue au long-cours avec elles et eux, avec Cassandro comme elle l’avait précédemment fait dans son premier long-métrage avec la musicienne et performeuse transg Genesis P. Orridge : cela avait donné le fascinant The Ballad of Genesis and Lady Jaye. 

 

Cassandro et ses blessures

On comprenait à voir ce film à quel point la réalisatrice aime les marges, les personnalités uniques ne ressemblant qu’à elles-mêmes, s’inventant leur propre identité et la confrontant sans feinte au monde. Cassandro est de cette trempe, et c’est ce que l’on découvre ici, d’abord sur un mode un peu goguenard face au kitsch de son allure et de son sport, puis de plus en plus impressionné par le bonhomme, son parcours, ses matchs, ses triomphes, et ses douleurs multiples qu’il nous livre progressivement : celles qui viennent de son enfance de gamin moqué en raison de son homosexualité ; celles qui viennent du ring et des blessures subies au fil de trop de combats ; celles issues d’addictions à la drogue et à l’alcool qu’il a mis longtemps à maîtriser ; celles enfin d’un corps qui vieillit et ne répond plus, le contraignant à se retirer de la scène. 

Et on voit bien que c’est cela le plus dur pour Cassandro : se résoudre à ne plus être l’idole des aficionados de la lucha libre (la version mexicaine du catch), celui qui, par sa seule volonté et son travail acharné, a imposé en vainqueur son homosexualité là où les précédents Exoticos étaient des hétéros singeant des homos tournés en ridicule. Filmé en coulisses, dans les vestiaires, en train de se pomponner ou de faire sa lessive, en famille, sur scène, saisit lors d’un dialogue sur Skype, se livrant à une réalisatrice complice qui rit avec lui, le rassure, Cassandro au final nous émeut, nous épate, nous captive. 

 

Cassandro, the Exotico!, de Marie Losier, en salles le 5 décembre

 

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