L’historienne Michelle Perrot consacre un ouvrage à George Sand, qui rappelle l’originalité et la vivacité de cette femme de lettres féministe et engagée.

Longtemps, Michelle Perrot n’aima pas, ou du moins négligea George Sand. Les raisons ne manquaient certes pas pour que la première s’intéresse à la seconde : l’historienne émérite a été une pionnière de l’histoire des femmes et, depuis les cinq volumes de L’Histoire des femmes en Occident qu’elle a dirigés avec Georges Duby, elle n’a cessé d’œuvrer dans ce domaine. Quant à la seconde, elle s’est trouvée tout au long de son existence (1804-1875) au cœur de la vie artistique, intellectuelle et politique de son temps, comme elle l’a raconté elle-même dans Histoire de ma vie, comme en témoignent ses récits, ses pièces de théâtre, son immense correspondance. Et pourtant, Michelle Perrot a longtemps trouvé George Sand « fade », suivant en cela le mouvement de « dépréciation collective » dont l’écrivaine a longtemps fait l’objet.  

Depuis cette réticence première, les choses ont bien changé : Michelle Perrot a eu l’occasion à de nombreuses reprises de travailler sur Sand, qui est aujourd’hui davantage lue et considérée – un colloque lui était encore consacré en octobre dernier à Lyon, qui compte plusieurs spécialistes de son œuvre. 

Sand sans fadeur

Il n’en reste pas moins qu’une forme de niaiserie reste parfois attachée au personnage de Sand. Michelle Perrot repart du cliché un peu cul-cul de « la bonne dame de Nohant », du nom du village berrichon où l’écrivaine a passé une part importante de sa vie. L’historienne organise justement son livre autour de ce lieu pour dépeindre « Nohant vu, voulu et vécu par Sand », un lieu « autorisant une existence égalitaire » où se rencontrent des gens de tous horizons. 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que tout cela est loin d’être fade ! On rencontre dans le récit précis et alerte de Michelle Perrot, un mari (dont Sand se sépare, non sans avoir obtenu par décision de justice de récupérer tous ses biens et la garde de ses enfants), de grandes passions (Musset, Chopin), des amants passagers, peut-être une maîtresse (Marie Dorval, une actrice-star de l’époque, que, écrit Perrot, Sand « aima probablement d’amour »), des amis artistes (Flaubert, Delacroix, Liszt), des voisins, etc. Nohant est un lieu de création (avec son théâtre), un lieu d’échanges et de débats aussi : elle y réunit ses amis républicains et multiplie les prises de positions. 

George Sand s’amuse à faire coexister tous ces aspects de sa vie, qu’elle vit intensément, surtout la nuit, utilisée pour écrire, réfléchir, faire l’amour – « sous le nez du chien, de mon mari, de mon frère, de mes enfants, de la bonne etc. », écrit-elle dans une lettre. Voilà qui encourage à retourner lire Sand, débarrassé·e des préjugés à son encontre ! 

  

George Sand à Nohant – Une Maison d’artiste par Michelle Perrot (Éditions du Seuil) 

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