Elle est poète, féministe, gouine. Il est auteur, poète, pédé. Élodie Petit et Marguerin Le Louvier partagent le goût des lectures sales, rares et sauvages. Tous deux écrivent en petits formats et à la première personne des récits brûlants de rencontres avec l’autre, humain ou non. Ils écrivent dans l’urgence des fanzines aux Éditions douteuses pour faire gicler la poésie le plus loin possible. 

 

Quelle est l’origine des Éditions douteuses ? 

Élodie : L’idée de publier de la poésie marginale m’est venue quand je suis sortie des Beaux-Arts en 2011. Puis, j’ai convié Marguerin car on partage une sensibilité politique et littéraire. Il me semblait évident qu’il fallait assembler nos forces pour faire quelque chose qui serait politique, queer, engagé dans une écriture clairement LGBT. 

Marguerin : On s’est d’abord retrouvé autour de lectures.  Par exemple, Élodie m’a fait découvrir Guillaume Dustan, qui a été un déblocage total dans ce que j’écrivais. 

 

L’écriture crue s’est-elle imposée à vous dès le début ? 

M : Moi, je n’arrive pas à écrire autre chose que de la littérature crue qui parle de sexe ! Parce que c’est ma première inquiétude, mon premier centre d’intérêt théorique. C’est à travers cette expérience et tout ce qu’elle suggère (rapports de domination ou libération) que j’envisage tout le reste. La sexualité permet d’articuler d’autres questions sociales ou politiques. 

E : « Crue » je pourrai le remplacer par « sincère ». Je cherche quelque chose qui irait à l’encontre d’un écrit érotique où les rapports sexuels sont polis. 

 

Vous permettez-vous tout ? 

E : J’espère ! Dans son texte Peau, Dorothy Allison parle de l’importance d’écrire le sexe et la vérité, au risque d’être parfois brutale. Ce sont des autrices comme elles qui nous donnent une envie de vérité et de clairvoyance sur ce que nous partageons avec les autres. 

M : J’essaie de ne pas m’autocensurer, même si on circule dans des milieux féministes, politisés  avec potentiellement des inquiétudes sur la réception de nos textes. J’essaie de produire des textes qui ne soient pas safe. 

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  « J’aime bien dire que ce qu’on fait peut être effrayant. Ce n’est pas grave de faire peur aux hétéros ! » Élodie Petit

 

En quoi votre écriture est-elle politique ? 

M : On est tous les deux de sensibilité anarchiste. Par l’écriture, on essaie de retranscrire une utopie. L’idée est d’aller au delà des catégories, des rapports sociaux pour atteindre une forme d’harmonie sexuelle, d’orgie planétaire entre les êtres ! 

E : C’est un refus de la norme, que ce soit dans la société ou dans le récit. On se rejoint sur l’envie d’invoquer la culture populaire, de s’en servir, de ne pas la renier. C’est prendre les gens pour des cons que de se dire qu’ils n’auront pas assez de sensibilité pour appréhender des textes expérimentaux. Et puis, nos fanzines à moindre prix, c’est de la littérature accessible à toutes et tous. 

M : Parfois, je peux être effrayé par ce que j’écris, mais il me semble nécessaire que les gens lisent ça : comment on vit, avec qui on baise. Il faut combler des manques dans les représentations. 

 

Justement, comment faites-vous pour rendre visible les minorités sexuelles ? 

M : Il faut se méfier des mécanismes normatifs qu’on peut retrouver au sein même des « anormaux ». Les catégories se reproduisent malgré toi… Pour les désamorcer, il faut montrer qu’il y a mille façons d’être pédé, d’être gouine. Moi, j’aime bien dire que ce qu’on fait peut être effrayant. Ce n’est pas grave de faire peur aux hétéros ! 

E : Et même, tant mieux. Ce qui est important, c’est d’exprimer chaque singularité. On a l’envie d’ouvrir Les Douteuses à toutes les voix dissidentes. 

M : Il y a aussi l’idée de tendre un miroir aux hétéros, de leur dire : votre culture est construite, votre hétérosexualité vous la subissez peut-être. Vous aussi, vous pouvez prendre le maquis ! 

 

facebook.com/leseditionsdouteuses

 

 

Je m’appelle Arthur Rimbaud et je suis gouine 

une vraie gouine qui aime l’autre trempée aux bouts de mes doigts serrés 

Ma peau qui colle aux leurs 

Ma chatte qui suffoque leurs cuisses 

j’aime garder ma veste quand je baise 

j’aime quand ça répond direct en face de moi

 

Élodie Petit – Fiévreuse plébéienne 

 

 

Le corps est inversé, on le détourne, le monde est renversé : 

hybridation d’homme et de mouton, croisement de langues, affection, 

on goûte et on lape, c’est ce que font les mecs entre eux la nuit.

 

Marguerin Le Louvier – My love 

 

 

 

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