Iris Brey explore dans un essai la diversité et les audaces des représentations de la sexualité féminine dans les séries américaines contemporaines.

 

Par son titre, Sex and the Series fait évidemment référence à Sex and the City, et c’est vrai que la série produite entre 1998 et 2004 a été l’une des premières à faire de la sexualité des femmes son sujet principal. Mais, si l’essai d’Iris Brey s’intéresse bien aux représentations des sexualités féminines dans les séries américaines, c’est plutôt ce qui s’est passé depuis qui retient son attention : alors que Carrie Bradshaw se torturait le cerveau en attendant que Mr. Big lui demande sa main, les héroïnes des séries récentes « n’arborent plus un petit cœur fragile qui attend le prince charmant ». Depuis une vingtaine d’années, la multiplication de séries, inventives tant du point de vue des thématiques que de la narration et de la mise en scène, a permis de faire apparaître sur les écrans une grande diversité de situations, de sexualités, de façons de (se) jouer des contraintes du genre : les prisonnières délurées d’Orange is the new Black ou la transition de Morton, père de famille de 70 ans, en Maura, dans Transparent, en sont quelques exemples. Et en la matière, l’actualité s’accélère, à la suite du mouvement #Metoo : depuis la première édition de l’essai, il y a deux ans seulement, de nombreuses séries sont ainsi venues enrichir le paysage. C’est pour tenir compte de ces nouvelles venues d’importance comme I love Dick, Big Little Lies, La Servante écarlate ou Pose qu’une édition augmentée de l’essai paraît aujourd’hui.  

 Les stéréotypes ont la dent dure

L’approche d’Iris Brey est résolument féministe, et une attention toute particulière est portée aux sexualités queers, auxquelles est consacré un chapitre entier. On peut ne pas toujours partager l’optimisme un poil naïf de l’autrice, lorsqu’elle affirme que les représentations de la sexualité féminine dans les séries « enclenchent une révolution » ou « changent le cours de l’Histoire ». Cela ne l’empêche d’ailleurs pas d’être critique avec la féminité stéréotypée qui prévaut par exemple dans The L Word, ou à l’égard du traitement réservé aux lesbiennes butch dans la plupart des séries. C’est de fait dans les analyses d’image et de points de vue que le livre est le plus convaincant, lorsqu’il montre comment un regard masculin peut persister dans des contextes inattendus, ou souligne les conditions d’émergence d’autres points de vue – l’une d’entre elles étant l’accession de femmes (Shonda Rhimes, Reese Witherspoon, etc.) à des postes décisifs. On trouvera donc là plus d’une raison pour continuer à s’adonner goulument – et intelligemment – au binge watching ! 

 

sex and the series iris breySex and the Series d’Iris Brey (Éditions de l’Olivier) 

 

 

 

 

© Pose de Ryan Murphy

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