Pour son premier roman, Philippe Joanny retourne au temps de son enfance, à la recherche d’un temps perdu mais qui l’a profondément marqué, ce temps où tout a commencé. Tout quoi ? La découverte du désir ? Du corps ? Des garçons ? De la peur ? Du sida ? Du monde adulte ? Bienvenue dans les années 80…

Giscard est encore président lorsque l’on entre dans le roman de Philippe Joanny, et à l’Hôtel Bourgogne, à Paris, juste derrière la gare de Lyon, la patronne, Annick, est tout juste embarquée dans un panier à salade, accusée de proxénétisme. Le petit hôtel de la rue d’Austerlitz va servir de décor principal à l’histoire qui commence, celle d’un garçon de 11 ans, le fils aîné d’Annick et de Gérard, pas forcément les parents dont il rêvait, sans aucun doute pas le fils qu’ils espéraient. Le garçon, comme on le découvrira en cours de route, s’appelle Philippe, et ce n’est pas un hasard puisque c’est aussi le prénom de l’auteur et que celui-ci partage également la même année de naissance. Philippe donc qui se sent différent et qui va, au fil des mois, en avoir la confirmation parfois douloureuse. Comment tout a commencé, comme son titre le laisse supposer, est un roman d’apprentissage : apprendre à être soi quand rien ne nous y prépare, qu’on rêve d’être majorette et que Le Pen devient l’idole du père, qu’on s’affole sur les bites plus que sur les seins dans un magazine porno et que le sida n’est encore que le « cancer gay » …  

 

Se construire avec le sida 

Philippe Joanny raconte une époque tout autant qu’il se raconte, parce que c’est l’époque qui a fait ce qu’il est devenu, qui l’a nourri de cette inquiétude sourde : celle d’une génération de gays ayant abordé la sexualité alors que la mort se mettait à rôder. « Le garçon, lui, n’écoute pas ses parents, il est absorbé par les images qui apparaissent à l’écran, le torse nu d’un jeune homme, la poitrine et les bras parsemés de grosses taches brunes et violines, dont certaines sont boursouflées. Une voix-off déclare qu’il est atteint du sarcome de Kaposi. Il est parcouru d’un frisson» 

Mais raconter chez Joanny n’est pas tout, pas plus que se dévoiler, et c’est là qu’il se révèle un écrivain : il forge tout au long de son livre une écriture singulière, tout en phrases brèves, en notations sèches, en souvenirs bruts, précis. Il ne s’apitoie pas. Il ne donne pas dans le lyrisme ou la mélancolie. Il dit d’une voix affirmée ce qui l’a construit. Comment ne pas l’entendre ? 

 

philippe Joanny Comment tout a commenceComment tout a commencé de Philippe Joanny (Grasset). En librairie.  

 

 

© Philippe Matsas

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