Le deuxième volet d’American Crime Story, la série d’anthologie criminelle créée par Ryan Murphy, sous-titré The Assassination of Gianni Versace, est disponible sur Netflix depuis le 19 janvier. Au-delà du meurtre du célèbre couturier italien, c’est le portrait de l’assassin, Andrew Cunanan, que dresse la série et en creux, celui de l’homophobie ordinaire aux États-Unis dans les années 1990.  

Les raisons, plus ou moins avouables, de s’intéresser à American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace ne manquent pas. Le cocktail détonnant célébrité/sexe/meurtre a maintes fois prouvé son efficacité et Ryan Murphy, le créateur de cette série d’anthologie criminelle, le sait mieux que quiconque. En outre, la présence à l’écran de Darren Criss, de Ricky Martin, ou encore celle de Penelope Cruz interprétant la fascinante Donatella Versace, le tout dans le décor art déco du South Beach de Miami, sont autant d’invitations à se laisser tenter par une séance de bingewatching. Enfin, le plaisir coupable procuré par la bande-son, de Gloria et Self-Control de Laura Branigan à Pump Up the Jam de Technotronic en passant par You Showed Me des Lightning Seeds ou Freedom! ’90 de George Michael devrait venir sans difficultés à bout des plus réticent·es. Et pourtant, lorsqu’on gratte ce vernis peu reluisant qui flatte nos bas instincts, on s’aperçoit rapidement que le sujet de ces neuf épisodes est moins la mort de Versace que le portrait de son meurtrier, Andrew Cunanan, personnalité glaçante et intrigante, incarnation des dérives capitalistes et homophobes d’un American dream qui tourne à vide. 

 

versace netflixMeurtres à crédit 

S’appuyant largement sur l’enquête de la journaliste de Vanity Fair, Maureen Orth, publiée en 1999 sous le titre Vulgar Favors : Andrew Cunanan, Gianni Versace, and the Largest Failed Manhunt in US History, Tom Rob Smith, l’auteur de la mini-série, s’attache en effet à reconstituer le parcours meurtrier de Cunanan, débuté le 27 avril 1997 à Minneapolis et s’achevant avec l’assassinat spectaculaire de Gianni Versace le matin du 15 juillet 1997, sur les marches de sa demeure floridienne. Loin de chercher à excuser le comportement de Cunanan, la série tente néanmoins de comprendre les origines du passage à l’acte de ce dernier. Or, il apparait que chez Cunanan, tout n’est que frustration : frustration menant à l’imposture, frustration menant à la mythomanie, frustration menant au meurtre. Victime de sa foi aveugle dans l’Amercican dream et sa promesse sous-jacente d’égalité des chances, Andrew Cunanan, assoiffé d’argent facile et de notoriété, finit par se transformer en prédateur. En parallèle, la série démontre également que si la course meurtrière de Cunanan n’a pas été stoppée plus tôt, ce n’est pas uniquement grâce aux talents d’imposteur du criminel, mais aussi à cause d’une homophobie latente de la société américaine des années 90. Non seulement les victimes de Cunanan souffrent d’une homophobie intériorisée qui les empêchent de le dénoncer mais les forces de l’ordre elles-mêmes se montrent peu enclines à rechercher ce meurtrier qui ne s’attaque qu’à des homosexuels. Il faut alors attendre l’assassinat d’une star de la mode internationale pour que les enquêteurs se montrent un peu plus zélés, créant ainsi un étrange jeu de miroirs entre la soif de reconnaissance d’Andrew Cunanan et le fonctionnement de la société elle-même. 

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace avec Edgar Ramirez, Darren Criss, Ricky Martin, Penelope Cruz … Disponible sur Netflix 

 

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