Beaucoup de choses sautent au visage lorsqu’on regarde Frig, le dernier né du si queer cinéaste franco-britannique Antony Hickling, le troisième volet d’une trilogie entamée avec Little Gay Boy et poursuivie avec One Deep Breathe, deux films à la déjà bouleversante radicalité.

Beaucoup de choses, et toutes ne sont pas agréables, tant Frig pousse ses spectateurs dans leurs retranchements d’une manière peu commune, un peu comme Pasolini l’avait fait via l’expérience extrême de Salo, en confrontant chacun, personnages et public, à un monde où la violence, le sexe, la domination, l’avilissement… vont de concert. Frig, variation comme Salo des 120 jours de Sodome du Marquis de Sade, marche dans ces pas avec une audace visuelle stupéfiante qui a heurté (et pas qu’un peu) la commission de classification qui a interdit le film aux mineurs. En trois temps, Antony Hickling nous mène du paradis (la rencontre amoureuse traitée sur un mode élégiaque et poétique) à l’enfer puis à une forme de rédemption à la suite de son héros, incarné par l’artiste performer Bino Sauitzvy. Et ce voyage ne sera pas de tout repos, même s’il s’achève dans un apaisement aux accents chamaniques : au centre en effet de Frig, l’épisode intitulé Shit est le récit hanté des conséquences de la rupture amoureuse, le héros s’abandonnant à une fuite en avant mortifère du désir, entre objectivation SM et frénésie chemsex, son corps livré à toutes les douleurs, à toutes les souillures (le sang, la merde…), où ni le sentiment ni le plaisir n’ont plus de place. C’est glaçant. C’est sublime. C’est tout ce qu’on ne voit jamais au cinéma et que des artistes du corps ont fait entrer au fil de leurs performances sans limites dans les galeries et les musées. Frig est un film d’artiste, dont la puissance malaisante et l’indéniable beauté plastique laissent coi. Hickling, à l’ombre de ses maîtres (Pasolini, Kenneth Anger, Derek Jarman auquel le beau post-générique doré fait directement référence…), n’en finit pas de construire une œuvre aussi inclassable qu’indispensable parce qu’elle interroge sans fin nos identités et nos limites. 

 

frig-coverFrig, d’Antony Hickling, avec Bino Sauitzvy, Thomas Laroppe, Luc Bruyère… Sortie en DVD et VOD le 14 mars www.optimale.fr 

 

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