Pauline Bureau et la compagnie La Part des Anges présentent avec Mon Cœur une œuvre théâtrale portant sur scène le scandale du Mediator. 

En 2009, le Mediator originellement indiqué dans le traitement du diabète de type 2, mais parfois utilisé comme coupe-faim, commercialisé par le laboratoire Servier, est retiré du marché français où il est prescrit depuis plus de trente ans. Ce retrait intervient grâce à l’acharnement de la pneumologue Irène Frachon, qui force l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) à reconnaître la responsabilité du Mediator dans de nombreux décès. Pour raconter cette histoire au théâtre, Pauline Bureau met en scène le parcours de Claire Tabard qui, à la suite de son accouchement, se voit prescrire du Mediator par son médecin traitant afin de perdre du poids. À travers ce personnage, inspiré par les témoignages et expériences de plusieurs victimes, les spectateurs et les spectatrices découvrent les implications intimes, politiques, et médicales de ce scandale. 

Symptôme de la misogynie d’une société patriarcale 

La remise en cause d’une partie du corps médical et juridique, et des liens qu’il entretient avec les laboratoires pharmaceutiques, s’accompagne dans Mon Cœur d’une réflexion sur les normes esthétiques, la violence qu’elles créent, et plus particulièrement à l’encontre des femmes. Parce que c’est à elles que le devoir de minceur s’impose principalement, et qu’il est d’usage que n’importe quel·le inconnu·e puisse rappeler à l’ordre celle qui refuse de s’y conformer, ou celle qui n’y parvient pas, les victimes du Mediator furent majoritairement féminines. Dans la pièce, Claire Tabard s’entend dire depuis son enfance que son corps ne convient pas. Des moqueries et injures scolaires jusqu’aux reproches à peine déguisés des médecins, elle n’a de cesse d’être renvoyée à son poids. Lorsqu’elle essaie d’obtenir une réparation juridique auprès du laboratoire Servier, la commission d’examen la renvoie une nouvelle fois au fait que, parce qu’elle est une femme, son corps sera traité comme bien public, sans respect de sa pudeur ou de sa subjectivité. Mais ni Irène Frachon, ni Claire Tabard et sa sœur ne se résignent à subir silencieusement une telle violence. En lutte contre des normes et des injonctions qui leur sont néfastes, les personnages de Mon Cœur transforment la morbidité du scandale en indignation, puis en révolte, et nous offrent à voir, comme le souhaite l’autrice, « des rôles de femmes dont on a encore trop peu l’habitude ».  

Mon Cœur du 26 au 29 mars au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannes Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 www.croix-rousse.com 

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