Un Centre LGBTI pour toutes et tous ?

1/ La non-mixité en question

 

Recouvert d’affiches la veille de la Marche des Fiertés, le Centre LGBTI de Lyon est accusé depuis plusieurs mois de ne pas faire toute leur place aux “minorités dans la minorité”. Premier volet d’une série d’articles qui tente de faire le point sur ces critiques.

Un texte collé plusieurs fois à la va-vite et un drapeau rose et noir, symbole du mouvement anarcho-queer. Voilà ce que les bénévoles du Centre LGBTI de Lyon découvrent sur la vitrine le matin du samedi 15 juin, quelques heures avant le départ de la Marche des Fiertés LGBTI. Aussitôt, ils retirent les affiches, communiquent sur les réseaux sociaux en publiant des photos et dénoncent un acte de vandalisme commis par « un mouvement radical queer ». Ils reçoivent immédiatement le soutien de plusieurs associations membres du Centre (SOS Homophobie, la Lesbian & Gay Pride, le Forum gay et lesbien….) et d’élu·es (dont la maire du 1er arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert). Si l’action a beaucoup fait parler les LGBT lyonnais, ses motivations sont longtemps restées obscures, le texte affiché n’ayant été communiqué nulle part. Tout juste savait-on qu’il était signé d’une improbable “Brigade insurrectionnelle autonome des tchoins carrément hétérophobe (Biatch)”, inconnue jusque-là. Ce n’est que presque trois semaines plus tard que l’action sera finalement revendiquée et le communiqué publié sur le site libertaire lyonnais Rebellyon.info. Intitulé Le centre LGBTI nous a radicaliséEs, le texte, dont l’autrice se présente comme une femme « blanche et cis », dénonce « ces gays qui pourraient te regarder crever la gueule ouverte pour conserver leur place d’hommes cis, blancs et bourgeois ». Il évoque aussi « la non-mixité entre gouines, la seule tolérée ».

centre lgbti 2


Une pratique autorisée… dans certains cas

Le sujet de la non-mixité (ou mixité choisie), cet outil utilisé par certaines luttes féministes, trans, lesbiennes ou antiracistes, est en effet sensible au sein du Centre LGBTI. Si le Collectif lesbien lyonnais (C2L) ou l’association Chrysalide ont pu obtenir des plages horaires dédiées exclusivement aux femmes « lesbiennes, bies, pansexuelles (cis, trans, intersexes, queers) » (pour le premier) ou aux personnes trans (pour la seconde), la question suscite encore l’incompréhension d’une partie des 33 associations membres du Centre. Le débat sur la pertinence de ce mode d’action revient ainsi régulièrement sur le tapis au cours des Conseils d’administration (CA), au point de susciter la lassitude des premier·es concerné·es et de leur donner l’impression que le Centre n’est pas fait pour elles et eux.

Par ailleurs, le règlement intérieur de la structure stipule que « les réunions publiques restreintes à certains publics (en non-mixité) » ne sont autorisées que « pour les luttes des minorités lesbiennes et trans uniquement » et non pour celles des personnes LGBTI racisées. « En toute circonstance, il est interdit de refuser l’entrée du Centre LGBTI Lyon à quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, ou de son apparence physique, de son âge ou de tout autre critère » est-il également précisé. Ces dispositions ont été ajoutées au règlement intérieur du Centre en mai 2018, après que l’association d’aide aux migrants 2MSG (membre du Centre) a souhaité organiser une soirée en non-mixité racisée en collaboration avec le collectif « antiraciste politique, féministe décolonial et queer » Des Raciné·e·s.

 

« La non-mixité fait partie de l’ADN du Centre »

« Il est malheureusement exact que la non-mixité fait encore débat dans nos rangs, reconnaissent Laurent Chauvin et Danièle Authier, respectivement président et vice-présidente du Centre. Lors du dernier Conseil d’administration, en mai, certaines associations [le Forum gay et lesbien et Body Design Lyon] ont à nouveau fait part de leurs réticences vis-à-vis de cet outil. Cela montre qu’il y a encore un gros travail de pédagogie à faire. Mais nous considérons que la non-mixité, comme d’autres formes de lutte, fait partie de l’ADN du Centre. D’ailleurs, les réunions non-mixtes organisées par Chrysalide ou le Collectif lesbien lyonnais se déroulent sans problème. Ces deux associations se sont engagées à accueillir et renseigner toute personne qui viendrait au Centre, y compris durant ces temps en non-mixité ». « Il y a non seulement une incompréhension de l’utilité de la non-mixité, mais aussi une forme de mépris qui s’exprime ouvertement, renchérit Danièle Authier, seule femme dans un bureau quasi-exclusivement composé d’hommes blancs cisgenres. On a pu entendre en CA que le lesbiennes étaient sectaires, ou que les “ateliers clito-vulves” du C2L [des rendez-vous en non-mixité pour permettre aux femmes de mieux connaître leur anatomie grâce à des moulages] n’étaient que “des ateliers pâte à sel”… C’est pour contrer ce genre de petites phrases qu’on a besoin de tous les soutiens possibles en CA ». « Certains propos sont allés trop loin et on ne doit plus les laisser passer », admet Laurent Chauvin.

Concernant l’interdiction des réunions en non-mixité racisée, le président et la vice-présidente estiment qu’elle serait due à « une présentation maladroite de l’événement » que souhaitaient organiser 2MSG et le Collectif Des Raciné·e·s. « Cela nous a été proposé comme une soirée “interdite aux Blanc·he·s”, ce qui nous aurait mis dans l’illégalité. Il n’empêche que toutes les associations ont le droit d’inviter qui elles le souhaitent lors de leurs réunions privées, et donc, de fait, de se retrouver en non-mixité (y compris racisée) si elles le désirent ».

En dehors des débats qui entourent la non-mixité, un autre point de friction entre le Centre LGBTI et une partie de la communauté queer lyonnaise concerne l’accueil réservé aux personnes trans. À suivre dans le prochain numéro d’Hétéroclite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.