Pour sa sixième édition, le festival de théâtre Sens Interdits investit les scènes de la métropole lyonnaise et présente une vingtaine de spectacles qui laisse voir la noirceur de l’humanité pour en extraire une étincelle d’espérance. 

La violence, en particulier celle faite aux femmes est un thème qui sillonne plusieurs pièces du festival Sens Interdits. Alors qu’en France, le terme de féminicide peine encore à s’imposer, ce fléau est déjà reconnu dans plusieurs pays latino-américains dont le Mexique. Et c’est d’ailleurs là que nous transporte La Brisa, une production du Teatro Línea de Sombra de Mexico dont le travail questionne la réalité sociale et politique du pays. La Brisa était un bar mythique des années 90 dans la ville de Juarez où se retrouvait une population éclectique d’artistes, de jeunes, de prostituées résistant pour la liberté. L’incendie du lieu par les narcotrafiquants coïncide avec la disparition de 2000 femmes qui aujourd’hui encore sont portées disparues. Avec Unwanted de Dorothée Munyaneza, c’est une autre forme de cruauté faite aux femmes qui est évoquée, celle du viol utilisé comme arme de guerre lors du génocide rwandais. Comment exorciser le traumatisme mental et physique de ces femmes mais aussi celui des enfants né·es de ces viols??  En témoignant de la douleur de ces femmes, Dorothée Munyaneza nous montre que dans ces corps brisés réside toujours le désir d’aller de l’avant.  

Une violence sourde 
Souvent exprimée brutalement, la violence peut aussi être plus feutrée comme celle vécue dans le monde du travail où les femmes occupent le bas de l’échelle. C’est ce que présente la metteuse en scène Louise Vignaud en adaptant Le Quai de Ouistreham. Adaptée du livre sorti en 2010 de la journaliste Florence Aubenas, la pièce raconte son immersion dans l’univers des femmes de ménage sur les ferries assurant la liaison entre la Normandie et l’Angleterre. Or la crise économique n’est pas qu’une affaire de chiffres, de courbes et de PIB, c‘est aussi une violence faite aux êtres humains qui courbent l’échine pour vivre ou simplement survivre. Peut-on parler de violence quand il s’agit d’une certaine forme de prostitution?? Les Allemand·es du Citizen.KANE.Kollektiv n’apportent pas de réponse dans Girls Boys Love Cash. Mais ils livrent le fruit de leurs investigations sur les rapports de domination et de pouvoir entre clients et travailleuses et travailleurs du sexe menées principalement auprès de ressortissant·es des pays de l’Est. Cette année encore, le festival Sens Interdit (r)éveille les consciences citoyennes et rappelle,  s’il en était besoin, l’utilité sociale de l’art en général et du théâtre en particulier. 

Le Quai de Ouistreham, les 17 et 18 octobre au TNG, 23 rue de Bourgogne-Lyon  

Girls Boys Love Cash, les 17 et 18 octobre aux Subsistances, 8 bis quai Saint Vincent-Lyon 

Unwanted , le 18 octobre au Théâtre de Vénissieux, 8 boulevard Laurent Gérin-Vénissieux 

La Brisa, le 19 octobre à la Renaissance, 7 rue Orsel-Oullins 

04.37.66.25.00 / www.sensinterdits.org 

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