Folie, langage, littérature rassemble des textes de Foucault, pour la plupart inédits, où les figures du fou et de l’écrivain permettent de saisir ce que les sociétés rejettent aux marges du savoir, de l’ordre social et de la sexualité. 

Trente-cinq ans après sa mort, la figure de Foucault (1926-1984) est toujours aussi présente : l’actualité de sa pensée ne se dément pas, qu’il s’agisse de réfléchir au contrôle des corps, à ce que les sexualités minoritaires ou jugées déviantes révèlent d’une société. Cette actualité est aussi éditoriale : après la parution l’an dernier chez Gallimard deAveux de la chair, quatrième tome de l’Histoire de la sexualité, les éditions Vrin publient Folie, langage, littérature. Ces treize textes, pour la plupart inédits, regroupent de brefs articles, des retranscriptions de conférences, ou des notes en vue d’interventions publiques. Ils sont rédigés entre le milieu des années 1960 et le début des années 1970, et Foucault y reprend des thèmes déjà développés dans ses essais généraux (L’Histoire de la folie à l’âge classique paraît en 1964, Les Mots et les choses en 1966) ou dans ses écrits sur la littérature (en particulier sur Artaud, Raymond Roussel ou Bataille). L’ensemble est certes plus modeste par son ampleur et par son ambition que la somme parue l’an dernier, mais, comme le note Judith Revel dans son introduction, ces textes sont précieux, au-delà des reprises (nombreuses) de thèmes et de formules, par les inflexions et variations qu’ils font entendre. Ils le sont aussi parce que, précisément, ils nous font entendre un peu la voix de Foucault s’adressant à son public, qu’il invite les jeunes gens à franchir leur timidité (« Ces petits étudiants ne parlent pas, ils sont là, muets comme des carpes ») ou qu’il s’amuse à provoquer son auditoire en suscitant sa frustration : « Vous, vous êtes là pour repartir sceptiques et critiques, pas contents ». 

Donc, comme le promet le titre, il est question ici de folie et de littérature, expériences que Foucault rapproche par leur capacité à produire, « dans leur propre espace, leur code, leur chiffre, leur langue ». Il ajoute : « Cela, une société ne l’admet jamais entièrement. Bien sûr, de nos jours au moins ça ne se punit pas ; mais on le maintient en marge, cerné et marqué du signe de ce qui est déviant. » C’est dire que, si Foucault parle apparemment peu de sexualités minoritaires dans ces pages, il parle en fait rarement d’autre chose, soulignant sans cesse que l’une des caractéristiques du fou est d’être « déviant du point de vue familial et du point de vue sexuel ». Le dernier texte, consacré à La Recherche de l’absoluest plus net encore, qui montre comment Balzac met en scène un univers où « le savoir est transmis et s’exerce dans la forme de l’homosexualité », un savoir « exclusif de la sexualité binaire ». Voilà somme toute de quoi, en refermant le livre, être « content » (et songeur, et pensif).  

FoucaultFolie, langage, littérature de Michel Foucault (Édition Vrin). En librairies.  

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