L’Opéra de Lyon accueille en ce début d’année Tosca de Puccini dans une mise en scène de Christophe Honoré, présentée cet été au festival d’Aix-en-Provence. Le réalisateur devient un habitué de la scène lyonnaise puisque c’est sa quatrième production après Dialogues des Carmélites, Pelléas et Mélisande et Don Carlos.

Si l’on peut considérer Victorien Sardou comme immortel, c’est bien plus grâce à Puccini qu’à son élection à l’Académie française. En effet, l’œuvre dramatique dont il est l’auteur au XIXe siècle n’est presque plus reprise de nos jours et si son nom reste dans les mémoires, c’est surtout parce qu’il est l’auteur de Tosca. Une pièce que le maestro italien et les librettistes Illica et Giacosa vont transfigurer en véritable chef d’œuvre : Tosca est aujourd’hui encore l’un des opéras les plus joués dans le monde. L’idée de transposer Tosca en opéra prend naissance dans l’esprit de Puccini dès 1889 après avoir assisté à une représentation de la pièce avec Sarah Bernhart dans le rôle-titre. Puccini, qui a souvent dressé le portrait de femmes héroïques mais victimes d’enjeux sociétaux ou culturels comme Mimi de La Bohème ou Cio-Cio-San de Madame Butterfly, ne pouvait qu’être bouleversé par le caractère passionné de Tosca et par son destin tragique.

Épuré des intrigues politiques de la pièce originale, le livret se concentre sur Floria Tosca, une cantatrice célèbre, sur son amant Cavaradossi, un peintre républicain, et sur Scarpia, le chef de la police romaine. Lorsque Cavaradossi est arrêté pour avoir aidé un opposant politique, Scarpia fait odieusement chanter Tosca ; soit elle cède à ses avances, soit elle condamne son amant à mourir. Le deuxième acte est un condensé de la violence induite par les rapports de pouvoir : violence physique du pouvoir policier par l’utilisation de la torture, violence psychologique par le chantage et violence sexuelle par la contrainte. Le talent de Puccini est d’avoir composé une musique qui accompagne férocement la brutalité de l’action. Au milieu de tant de cruauté, la prière de Tosca, Vissi d’arte,  paraît comme une fleur fragile au milieu d’un champ de bataille. Le troisième et dernier acte, bref et intense, montre une femme combattante qui défie son persécuteur au-delà de la mort.

Certes, ce n’est pas #MeToo, ce n’est pas #BalanceTonPorc, mais cent ans auparavant, Tosca pointait déjà du doigt cette violence faite aux femmes par un pouvoir arrogant et patriarcal. On constate également, qu’aujourd’hui comme hier (où cet opéra était considéré comme vulgaire), on tente systématiquement de minimiser et de décrédibiliser la parole libérée des femmes pour étouffer la réalité et surtout pour dissimuler notre propre responsabilité face à la violence. 

Tosca, du 20 janvier au 5 février à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 www.opera-lyon.com

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