Passionné par les tasses, ces pissotières qui furent un refuge pour tant de gays lors des siècles derniers, le photographe Marc Martin leur a consacré une exposition et un ouvrage. Il y retourne sur son blog avec Proust aux tasses, où l’on découvre un aspect méconnu du grand Marcel…

Décidément adepte des plaisirs coupables, Marc Martin n’en finit pas d’explorer les arrière-cours du désir gay. On a déjà écrit ici à quel point son ouvrage consacré l’an dernier aux pissotières, intitulé Les Tasses – toilettes publiques, affaires privées (Éditions Agua), était essentiel.

Le facétieux et érudit photographe et auteur pousse encore un peu plus loin sa recherche autour de ces lieux de plaisirs méprisés avec son nouveau projet — auquel le confinement donne une dimension inattendue. En effet, les petits fascicules que Marc Martin avait imaginés pour accompagner ce qui aurait dû être la reprise de son exposition à Bruxelles (expo reportée à l’automne), ont pris une autre forme, le premier d’entre eux en tout cas puisqu’il est accessible gratuitement sur le site de l’artiste.

De quoi s’agit-il donc ? D’une étourdissante virée du côté de chez Proust vu à travers le prisme, autant réel que fantasmé, de son goût pour les tasses. Comment ? L’auteur le plus élégant de la littérature française, le dandy le plus délicat de notre langue aurait été un amateur de ces lieux sordides, de ces relents d’urine et de ces attouchements furtifs ? Sacrilège ! Et pourtant, le cher Marcel, dont l’attirance pour les bordels masculins n’est plus vraiment un secret, semble bien, si on en croit Marc Martin, avoir fréquenté également les fameux édicules.

Sur quoi s’appuie l’audacieux exégète ? Sur des indice semés dans La Recherche… bien sûr, tel l’intrigant long séjour du baron de Charlus dans un urinoir de la rue de Bourgogne. Mais aussi sur le jeu sur les mots et l’argot, avec l’utilisation dans ce langage du mot théière pour désigner les pissotières, de l’expression « prendre le thé » pour évoquer l’acte sexuel homo, ou le sens caché de « salon de thé », Marc Martin indiquant au passage que « thé » se retrouve à 87 reprises sous la plume de Proust… À chacun d’en tirer ses propres conclusions…

La fameuse madeleine a elle aussi droit à son décryptage sur le même registre, comme d’autres figures bien connues du corpus proustien. Dernière des sources dont use Marc Martin pour assurer son impertinente approche : les nombreuses citations trouvées dans des études très pointues et signées de spécialistes incontestés de l’œuvre proustienne.

L’admirable dans tout cela, c’est que ce n’est jamais pédant. Il y a chez Marc Martin une manière délicieusement frivole de trousser son essai, tendance encore accentuée par les trois collages qu’il a réalisés et qui accompagnent le texte, qui en ont même été les déclencheurs. Ce contrepoint visuel vaut à lui seul le détour par le site très bien garni de celui qui entame son enquête sur Marcel et les tasses par la formule aussi potache qu’imparable « De Proust à prout, il n’y a qu’une lettre. Le S comme Sodome, cher au divin marquis… »

 

Proust aux tasses – À la recherche des pissotières de Marc Martin. Disponible en téléchargement gratuit

© illustration Marc Martin

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