Crise de l’hôpital public, militantisme Gilets Jaunes, violences policières et de classe, La Fracture traite avec justesse de thématiques sociales denses. Un film choral au rythme effréné, enrichi par une représentation lesbienne innovante car pleinement intégrée au récit. Critique du film et interview de Catherine Corsini en podcast.

La fracture est d’abord celle d’un couple de femmes, Raf et Julie, au bord de la rupture. C’est ensuite, littéralement, celle d’un bras : Raf, tentant de rattraper Julie, tombe et est propulsée aux urgences. Dans un service « proche de l’asphyxie », le soir d’une manifestation parisienne des Gilets Jaunes, ces deux femmes bourgeoises-bohèmes rencontrent Yann, un militant blessé par la police, et Kim, une soignante en grève. Nous plongeant à la fois dans la fracture sociale de la société française, et dans celle de l’hôpital public.

Il y a beaucoup à dire sur l’authenticité des diverses représentations sociales du film. En choisissant par exemple de consulter et faire jouer de vrai·es soignant·es, la réalisatrice Catherine Corsini est parvenue à éviter un regard biaisé sur leurs conditions de vie. Les démonstrations radicales de manifestations et violences policières semblent également témoigner d’un sérieux travail de documentation auprès de personnes concernées. Ici, c’est au niveau du couple de Raf et Julie que cette justesse nous intéresse : une représentation crédible et positive, inspirée de la relation de la réalisatrice avec sa compagne et productrice Elisabeth Perez.

Une homosexualité intégrée

Bien qu’elle ne soit pas le sujet du film, l’homosexualité de Raf et Julie est mise en scène de façon plutôt innovante : nous sommes avec un couple de femmes d’une cinquantaine d’années, parentes, faisant face à des problématiques contemporaines et quotidiennes. Une perspective rafraichissante alors que les femmes queers à l’écran sont bien souvent cantonnées à des rôles d’icônes tragiques en corset, confrontées à des amours passionnelles toujours plus éphémères et empêchées. Avec La Fracture, Corsini propose au contraire une homosexualité vivante, s’intégrant aisément à une fresque sociale riche. 

Lorsque les deux femmes se font invectiver, ce n’est ainsi pas à cause de leur orientation sexuelle mais de leur position sociale, qui les montre relativement déconnectées de certaines réalités politiques. Comme rarement dans le cinéma français, on suit également des relations de parentalité entre un couple de femmes et un adolescent. Dans cet état d’esprit de normalisation d’une relation en crise comme une autre, notons que Corsini construit le couple sur un modèle proche de schémas hétéronormés, bien que donnant aux spectateur·rices, quelques indices des configurations spécifiques liées au lesbianisme (Valérie, la mère non-biologique d’Eliott, ne se sent pas légitime car jamais légalement reconnue comme parente). On comprend que cette homosexualité intégrée ait reçu la Queer Palm à Cannes en juillet dernier.

La Fracture de Catherine Corsini, avec Marina Foïs, Valéria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Aïssatou Diallo Sagna (Le Pacte)… En salles depuis le 27 octobre. 

 

 

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