Pour sa 13ème édition, le Festival Lumière remet le prix Lumière à la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, rend hommage à la cinéaste japonaise Kinuyo Tanaka et propose un certain nombre d’avant-premières mettant en scène des personnages féminins complexes. Parmi elles, La Fracture de Catherine Corsini, Queer Palm au Festival de Cannes 2021.

L’édition 2021 du Festival Lumière se déroule cette année du 9 au 17 octobre en métropole lyonnaise. Si on n’y trouvera que quelques films aux intrigues proprement queers, bien des réalisatrices et personnages féminins principaux seront mis à l’honneur. Voici notre sélection queer et féministe.

Jane Campion : Prix Lumière 2021

Cette année, c’est la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion qui recevra le prix Lumière. Première femme a avoir remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1993 pour La Leçon de Piano (ex aequo avec Chen Kaige), la cinéaste est considérée comme une pionnière du female gaze au cinéma.

Les court et long-métrages réalisés par Jane Campion (Two FriendsSweetie, Un ange à ma table, Portrait de Femme, Holy Smoke…) investiront ainsi les cinémas lyonnais le temps du festival, nous permettant de (re)découvrir son oeuvre débutée en 1986. On aura également l’opportunité de converser avec elle à l’occasion de la master class exceptionnelle du 15 octobre au Théâtre des Célestins.

La réalisatrice, qui n’avait pas touché au cinéma depuis 12 ans, présentera en avant-première son nouveau film The Power of the Dog. Un western explorant les thématiques de la masculinité toxique et du refoulement homosexuel à travers l’histoire du cowboy cruel et charismatique Phil Burbank.

Jane Campion

Avant-premières féministes

Le Festival Lumière présentera également une quinzaine d’avant-premières en présence de leurs réalisateur·rices. À défaut de films spécifiquement queers, focus sur les oeuvres réalisées par des femmes, ou mettant en scène des personnages féminins complexes.

Clair-Obscur raconte l’histoire d’Irene Redfield et Clare Kendry, deux femmes noires ayant la peau suffisamment claire pour pouvoir se faire passer pour blanches. Dans le New York des années 1930, l’une et l’autre choisiront de vivre « de part et d’autres de la frontière raciale ». S’inspirant du roman de Nella Larsen (Passing, 1929), la réalisatrice étasunienne Rebecca Hall explore les thématiques du racisme au prisme de l’identité et de la sororité, en écho à sa propre histoire.

Avec The Lost Daughter, première adaptation cinématographique d’un roman de l’autrice italienne Elena Ferrante (Poupée Volée, 2006), la cinéaste Maggie Gyllenhaal porte une réflexion profonde sur la maternité. Alors qu’elle est seule en vacances à la mer, Leda développe une obsession pour une jeune mère et sa fille. Au contact de cette famille qu’elle observe sur la plage et à la suite d’un acte impulsif, Leda sera forcée de se confronter à son inconscient et ses décisions passées.

On pourra également découvrir Freda, le premier long-métrage de fiction de l’actrice et cinéaste haïtienne Gessica Généus. Freda vit dans un quartier populaire de Port-au-Prince avec sa mère et ses petits frères et soeurs. Malgré la précarité et la violence coloniale qui constituent Haïti, elle choisira de croire en sa culture et son pays. Présenté dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2021, le film de Gessica Généus porte un message d’espoir, en donnant des pistes pour se reconstruire à la suite de traumatismes à la fois nationaux et personnels.

Également présenté en compétition à Cannes 2021, on retrouvera Julie (en 12 chapitres) du réalisateur norvégien Joachim Trier. Le film nous fait suivre l’histoire de Julie, écartelée entre son partenaire Aksel et sa rencontre magnétique avec Eivind, s’interrogeant avec poésie sur l’amour et le sens de sa vie.

On pourra enfin voir ou revoir le lauréat de la Queer Palm 2021, La Fracture de Catherine Corsini, qui met en scène la rencontre entre un manifestant, un couple de femmes bourgeoises battant de l’aile et une aide-soignante, dans le service d’urgence d’un hôpital parisien « proche de l’asphyxie » le soir d’une manifestation de Gilets Jaunes. La Fracture présente l’homosexualité comme on l’a rarement vue au cinéma : intégrée à l’histoire, assumée et portée par un couple de lesbiennes parentes, d’une cinquantaine d’années. Entre drame et comédie, le film porte un message engagé sur la parole des soignants, la crise du service public et les revendications des Gilets jaunes.

 

« Histoire permanente des réalisatrices » : Kinuyo Tanaka, Ida Lupino, Jacqueline Audry

Pour cette 13ème édition, le programme « Histoire permanente des réalisatrices » mettra à l’honneur la cinéaste japonaise Kinuyo Tanaka. Celle-ci passe derrière la caméra pour la première fois en 1953, après avoir été l’une des actrices les plus importantes du cinéma japonais. Rencontrant de nombreuses résistances dans une profession réservée aux hommes, c’est avec l’aide de ses amis Yasujiro Ozu et Keisuke Kinoshita (réalisateur queer engagé) que naîtra son premier film Lettre d’amour (1953). On pourra ainsi découvrir les six long-métrages qu’elle réalisa par la suite, dans lesquels sont mises en scène des femmes travailleuses du sexe (La Nuit des Femmes, 1961), poétesses (Maternité Eternelle,1955), maîtresses (Mademoiselle Ogin, 1962), ou encore « héroïnes ou victimes des tourments de l’histoire » (La princesse errante, 1962).

Le Festival Lumière prévoit également de projeter les oeuvres restaurées de deux réalisatrices mises à l’honneur lors d’éditions précédentes : la réalisatrice, actrice et scénariste engagée d’après-guerre Ida Lupino, dont on pourra découvrir l’histoire dans les documentaires Gentlemen and Miss Lupino et Ida Lupino, la fiancée rebelle d’Hollywood, ainsi qu’un de ses sept long-métrages Hard, Fast and Beautiful. Et Jacqueline Audry, une des rares réalisatrices françaises du début du XXe siècle (seize films en vingt-cinq ans de carrière), avec la projection de son film Le Lis de mer, jamais sorti en France.

Rétrospective Sydney Pollack : Tootsie 

À l’occasion de la rétrospective Sydney Pollack, le festival nous propose de voyager dans la carrière du grand cinéaste étasunien engagé. Pour le rendez-vous LGBT+ de son oeuvre, on pourra (re)voir Tootsie (1982), dans lequel le réalisateur tente d’aborder les thématiques de l’identité de genre et du sexisme. Le film suit l’acteur Michael Dorsey qui, faisant face à une série d’échecs professionnels, décide de se travestir pour prendre le rôle d’un personnage féminin d’une série. Sydney Pollack réalise la même année Victor/Victoria, narrant le parcours inverse d’une chanteuse forcée de se faire passer pour un homme afin de trouver un emploi.

Festival Lumière Tootsie

Bien qu’ayant appartenu à une certaine culture queer de l’époque, on notera tout de même que ces deux films semblent aujourd’hui désuets en termes de représentation, le travestissement y étant présenté comme un ressort comique, assimilant par là même transidentité et déguisement. Pour changer son regard critique sur les représentations de la transidentité au cinéma, on vous conseille d’ailleurs le documentaire Disclosure, sorti l’an dernier sur Netflix.

Festival Lumière 2021, du 9 au 17 octobre dans la Métropole de Lyon / www.festival-lumiere.org

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