À n’en pas douter, l’irruption d’Éric Zemmour et de son discours populiste d’extrême-droite décomplexée a troublé le jeu d’une élection présidentielle qu’on nous annonçait sans grand suspense.

Les propos outrageusement racistes, misogynes et LGBTphobes du polémiste pas encore officiellement candidat ne sont pas nouveaux : cela fait plusieurs années qu’une poignée de médias lui offre des tribunes sans contradicteur·rices pour exprimer sa vision d’une France rance dont les contours ne semblent être dessinés à gros traits que pour provoquer le buzz. 

Aujourd’hui néanmoins, les politiques de tous bords sont sommé·es de se positionner par rapport à ses déclarations à l’emporte-pièce. Si la question divise les Républicains, entre les tenants d’une droite républicaine et celles et ceux qui se laisseraient bien tenter par une alliance avec l’extrême-droite, elle provoque l’indignation des forces progressistes. Au final, ces antagonismes sont plutôt attendus et rythment la vie politique française depuis plusieurs années déjà. 

Là où les lignes bougent en revanche, c’est au Rassemblement national, où l’on n’était pas habitué à se faire dépasser sur sa droite. Marine Le Pen, qui tente depuis sa reprise du parti familial, de lisser l’image sulfureuse laissée par son père et de policer le discours des vieux caciques nostalgiques de l’Algérie française, se retrouve en position de grand écart au-dessus du vide. Va-t-elle courir après l’outrance zemmourienne ou poursuivre sa fameuse entreprise de dédiabolisation ? 

On pourrait se demander en quoi cette question intéresse un magazine transpédégouine mais pas que, et je vois bien vos sourcils dubitatifs se soulever, un tantinet exaspérés. Mais cela nous concerne au premier chef, parce que ladite entreprise de dédiabolisiation s’est faite en grande partie sur le dos des personnes LGBT+ et de leurs combats. En accueillant au sein du parti frontiste des cadres ouvertement gays comme Florian Philippot à une époque ou Sébastien Chenu aujourd’hui, en évitant soigneusement de se présenter dans les cortèges de la Manif pour tous ou de mener l’opposition au projet de loi d’ouverture de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes célibataires, Marine Le Pen n’a eu de cesse, avec un certain succès, de draguer un électorat homosexuel. Elle n’a pas hésité non plus à alimenter les chimères de l’homonationalisme, montant les personnes LGBT+ contre les populations immigrées ou perçues comme telles. En un mot, elle s’est achetée à bon compte une respectabilité de façade aux yeux d’une partie de l’électorat tout en dévoyant nos luttes. 

Face au dilemme auquel elle fait face aujourd’hui, le masque craquèle, s’effrite et ne devrait plus tarder à tomber. Il suffit pour s’en convaincre de voir la célérité avec laquelle elle est allée, dans le sillage de Zemmour, se faire adouber par Viktor Orbán, chef du gouvernement hongrois et plus grand pourfendeur des droits LGBT+ que nourrit en son sein l’Union européenne. 

Soirée de lancement du numéro #158, le 4 novembre 2021 à partir de 20h au Livestation DIY, 14 rue de Bonald-Lyon 7 / Lien vers l’événement Facebook.

© Nadia Khallouki

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