Hen « glisse d’il en elle » et « d’elle en il ». Marionnette hybride, iel explore les questions d’identités et de sexualités avec sensibilité, humour et insolence.

HEN (prononcé heune), pronom suédois non-genré, est le nom qu’a donné le metteur en scène Johanny Bert, également artiste complice du Théâtre de la Croix-Rousse, au personnage central de son nouveau spectacle : une marionnette exubérante et engagée, jouant des genres et sexualités au gré de ses envies. Il nous raconte les réflexions derrière ce récit musical, à la croisée des cabarets berlinois des années 30 et de la scène queer actuelle.

Comment est né Hen ?

J’ai été dans beaucoup d’associations LGBT+, et ça faisait longtemps que je voulais faire un projet qui soit en réaction à des discriminations. Avec Hen, l’idée était de parler d’identités, de sexualités et de liberté dans le lieu tout de même protégé du théâtre. En parallèle, on a créé un laboratoire de recherche sur les marionnettes, en se demandant si la marionnette pouvait encore avoir une part d’insolence et de subversion. En France, elle a une subversion très limitée. Notre seule référence, Guignol, reste un personnage assez sage. On a donc étudié des figures de marionnettes de différents pays et cultures, pouvant être contre la guerre, le patriarcat, ou parlant ouvertement de sexualité. L’idée était de réinventer sur cette base un personnage actuel avec un sujet qui nous tenait à coeur.

Hen aborde-t-il la thématique des transidentités ?

Je n’avais pas envie d’un personnage humain, transgenre, travesti ou de « cabaret créature ». Hen est un personnage qui se transforme, mêlant attributs masculins et féminins, avec une sexualité affirmée et multiple. Hen dit lui-même qu’iel est une marionnette, un pantin, un caméléon pouvant se transformer selon ses désirs. Iel ne se revendique ni transgenre, ni non-binaire, ni bisexuel. Parce qu’iel est chimérique, Hen peut embrasser toutes ces identités à la fois. Je ne suis pas trans, donc je ne vais pas parler à la place des personnes trans. Mon propos est plus large parce qu’il ne parle pas d’une seule communauté mais de nos identités et désirs de manière générale : réaliser qui on est, devenir et être ce qu’on a envie d’être. Qu’on ne soit pas bloqué·e ou figé·e dans une identité.

Vous diriez que c’est un spectacle engagé ? 

Hen nous dit : « Peut-être que si j’étais humain·e, vous ne m’accepteriez pas tel·le que je suis ». C’est une forme d’insolence, peut-être de revendication. Ça devient un spectacle militant, mais Hen n’est pas là pour nous faire une messe queer et nous dire comment se comporter. Iel est là pour titiller des spectateurs qui ne connaissent pas bien ces identités multiples, qui se posent des questions et qui parfois portent sur elles un regard difficile. Hen leur dit : « Tout va bien, soyons libres, on vous demande juste la possibilité d’exister tel qu’on a envie d’être ».

Il y a donc un côté pédagogique ?  

L’idée est de prendre les gens un peu par la main, avec bienveillance. On essaye de dire aux spectateur·ices : « Essayons d’être bienveillants envers des gens qui nous semblent différents ». Avec l’univers du cabaret, on accepte certaines choses. Mais quand on va sortir de cette salle et se retrouver dans la société, comment allons-nous voir notre prochain, s’il est un peu hors-norme ? Et si ce hors-norme était la norme ?

Quel est le rôle de la marionnette dans tout ça ?

Avec Hen, on n’est pas dans un cabaret monstrueux qui attaque la salle. C’est un spectacle fou, joyeux, insolent mais pas provoc. Je crois qu’Hen invite à une forme d’empathie. Pas de raillerie. Il propose une réflexion plus métaphysique ou philosophique : « Je suis un personnage hors-norme, mais qui n’existe que dans votre imaginaire ou l’enceinte d’un théâtre. Je peux faire des choses qu’un humain ne peut pas faire. Et si j’étais un humain, est-ce que vous auriez le même rapport à moi ? ». Pour ça, la marionnette permet une symbolique des corps. Une transformation rapide, magique, avec des corps très différents, qu’ils soient nus ou habillés.

Y a-t-il un peu de vous dans ce personnage ?

Ce n’est pas moi au sens de mon histoire, mais c’est comme si je mettais dans cette prothèse tout ce que j’avais collecté pendant mes années d’étude et de militantisme. Hen est un prolongement de toutes ces identités, de tous ces questionnements. Il y a un peu de moi dans les sensations et les émotions, la colère et l’insolence. Un personnage qui réagit, qui est actif et présent au monde, qui a une forme d’impertinence avec notre société. Certains sujets me touchent personnellement, d’autres un peu moins, mais j’ai envie de les d’aborder.

C’est d’ailleurs vous qui manipulez et prêtez votre voix à Hen.

Oui, je fais souvent de la manipulation et je l’enseigne. J’adore aussi mettre en scène. Mais ça faisait longtemps que j’étais pas monté sur scène. Je prends un plaisir dingue à être au plateau, à recevoir l’énergie des spectateur·ices. Même caché derrière un voile noir, j’entends et réagis à ce qu’il se passe dans la salle. Ensuite, il y a une pudeur chez moi dans la vie, et la marionnette me permet certaines transgressions, une protection.

Vous pensez déjà à un nouveau projet ?

Je travaille sur un prochain projet de marionnettes plus théâtral, qui aborde les nouvelles identités sexuelles et amoureuses, comme le trouple ou le polyamour. Je creuse tout ça. Finalement, ces questions de genre et de sexualités évoluent très vite. J’espère, avec ironie, que Hen sera vite obsolète. Qu’il ne sera plus d’actualité, parce qu’on aura tellement avancé sur le genre qu’on va se dire « on est passé à autre chose ». Et c’est tant mieux.

Hen, du 9 au 26 décembre 2021 au Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin-Lyon 2.

À gagner : 2 places pour la représentation du 10 décembre et 2 places pour celle du 11 décembre 2021 en envoyant nom+prénom+date choisie à redaction(at)heteroclite.org (Objet : Hen)

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