Dodo

Helvète Underground

Du 12 au 21 février, la ville de Genève, en Suisse, accueille un festival de cinéma un peu différent : le Black Movie Festival. Cette année, pour la première fois, une de ses sections thématiques sera dédiée aux questions de genre.

D’accord, les rives du lac Léman valent bien celles de la Côte-d’Azur, il n’empêche : Genève n’est pas Cannes. Au Black Movie Festival, pas de tapis rouge, pas de soirées au Martinez, pas de couples glamours de stars en goguette, pas de compétition avec remise de prix lors de la soirée de clôture et pas non plus de grosses productions américaines ou européennes. Et pour cause : lors de sa création il y a vingt ans, le Black Movie se voulait un festival uniquement dédié aux films africains, d’où son nom en forme de clin d’œil au continent noir. Depuis, il s’est ouvert aux productions cinématographiques d’autres continents (notamment l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Océanie, désormais bien représentées) mais reste fondamentalement consacré au cinéma venu «d’ailleurs», en dehors des codes de production artistiques et esthétiques du cinéma occidental. Un pari audacieux mais semble-t-il réussi, puisque la fréquentation connaît une hausse constante depuis plusieurs années, et attire de plus en plus majoritairement des jeunes et des personnes dont les ancêtres étaient originaires des pays présentés. Traditionnellement, la programmation est divisée en sections, neuf cette année, dont une nouveauté : la section Mauvais Genre, présentée comme «un voyage cinématographique et initiatique au pays des questions sur le genre sexuel et sur le désir…». À l’origine de cette réjouissante nouveauté, la cinéaste Sylvie Cachin (auteur en 2008 du documentaire Claudette, portrait d’une prostituée militante à l’heure de la retraite) et un ancien étudiant en anthropologie sociale et culturelle ayant notamment beaucoup travaillé sur l’intersexualité, Antoine Bal. Partants du constat que la Suisse romande n’abrite aucun festival de cinéma LGBT (contrairement à la Suisse alémanique, où Berne et Zürich ont chacune leur festival), tous deux ont décidé de tirer profit d’une structure déjà existante et ont proposé cette section queer au Black Movie, qui était justement à la recherche d’une thématique LGBT et a donc accueilli leur initiative avec enthousiasme. Onze films venus du Brésil, de Taïwan, du Chili, d’Argentine, de Corée du Sud, des Philippines, du Royaume-Uni, d’Israël et des États-Unis seront donc présentés, beaucoup pour la première fois sur le territoire helvète. Les titres à eux seuls nous font découvrir tout un pan jusque-là largement méconnu du cinéma LGBT : Aztlan, A Festa Da Menina Morta, Looking for Langston, Land of Scarecrows…. Tous interrogent des notions telles que l’identité de genre, la sexualité (ou plutôt les sexualités), le rapport au corps… Au programme également : une table ronde/conférence réunissant quatre intervenants et une modératrice autour du thème «Si nos genres sont des fictions…» le samedi 20 à 19h et une soirée Mauvais Genre «décadente» le samedi 13 à partir de 22h, avec des sets électro-house et une performance de l’artiste bruxellois Jean-Biche. Il ne reste donc plus qu’à espérer que le public soit au rendez-vous de chacune de ses manifestations… et que la section Mauvais Genre soit à nouveau au programme de l’édition 2011 du Black Movie Festival !

À gagner : deux invitations pour une entrée gratuite à l’un des cent films présentés, valables du 12 au 21 février 2010, sur simple demande à redaction@heteroclite.org

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