Dodo

Hervé Latapie au Bal des Ardents ce mercredi

Mercredi 24 février à 18h, Hervé Latapie rencontrera ses lecteurs à la librairie Le Bal des Ardents (17 rue Neuve, Lyon 2) pour parler de son ouvrage “Doubles Vies – Enquête sur la prostitution masculine homosexuelle “.

C’est ce qu’il est convenu d’appeler un livre-événement, qui a fait la une du supplément News de Têtu et dont tous les médias gays se sont fait l’écho. Dans Doubles Vies – Enquête sur la prostitution masculine homosexuelle, Hervé Latapie a recueilli les témoignages de dizaines de prostitués et de clients, en s’attachant à montrer équitablement ces deux facettes d’une même réalité. Il observe ainsi qu’Internet a drastiquement changé la condition des prostitués mâles en leur permettant d’exercer désormais leur profession depuis leur domicile, grâce à des sites de rencontre tels que GayRoméo. C’est ainsi qu’on ne parle plus de “tapins”, mais plutôt d'”escorts” qui vendent leurs charmes pour des sommes variant généralement entre 80 et 150€, parfois d’avantage pour les plus aguerris. À rebours des abolitionnistes qui considèrent «le plus vieux métier du monde» comme un fléau à éradiquer et s’opposent à toute tentative visant à le réglementer (parfois par pudibonderie, mais aussi souvent en raison de préoccupations sociales ou féministes sincères), Hervé Latapie s’oppose à la fois à une vision «misérabiliste» de cette activité professionnelle encore stigmatisée et à la diabolisation du client, «ce planqué du débat». Une position rare, qui ne manquera pas d’appeler la discussion. En prélude à sa venue à Lyon pour présenter son ouvrage, rencontre avec Hervé Latapie.

En quoi la prostitution masculine, et notamment homosexuelle, vous paraît-elle différente de la prostitution féminine ?
Il s’agit de rapports entre hommes, donc il n’y a pas de domination masculine sur les femmes, ce qui constitue déjà une première différence fondamentale. Les conditions d’exercice sont plus favorables : il n’y a pas de proxénétisme (les garçons exercent en indépendants), ni de violence, et pratiquement pas de persécutions policières comme c’est fréquemment le cas dans la prostitution féminine. Enfin, j’ai l’impression qu’il s’agit beaucoup plus souvent d’un travail temporaire, un travail d’appoint que l’on fait quand on est jeune, quand on a besoin d’argent ou tout simplement quand la période s’y prête. La plupart des gens que j’ai rencontrés ne font pas ça à temps complet et ont un boulot à côté. Ils sont souvent moins installés dans la prostitution que les femmes.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que les clients cautionnent la marchandisation du corps et du sexe ?
Il faudrait déjà définir la notion même de marchandisation. Le rapport professionnel établi entre un escort et son client reste un contact humain, une rencontre entre deux personnes. Le service sexuel est évidemment un service particulier, doté d’une dimension supplémentaire parce qu’il touche à quelque chose d’intime, et pas une consommation comme une autre. En cela, je m’oppose à ceux qui cherchent à le banaliser. Tous ceux que j’ai pu interroger avaient bien conscience qu’il ne s’agit pas d’un service anodin. Mais la marchandisation de la société n’est pas spécifique à la prostitution. Elle touche beaucoup d’autres domaines, et, à mon avis, elle doit être contrôlée pour y introduire un peu d’éthique, que beaucoup des clients que j’ai rencontrés semblaient d’ailleurs avoir.

En somme, vous demandez moins un changement de législation qu’une évolution du regard porté sur la prostitution…
Je crois beaucoup plus à l’évolution des mœurs et des façons de voir qu’à des lois ou à des règlements, parce qu’on a beau faire des lois contre l’homophobie, ce n’est pas cela qui l’empêche. Il faut donc faire évoluer la manière dont est perçue la prostitution dans la société. D’ailleurs, les prostitués eux-mêmes ne demandent pas un réglementarisme comme celui qu’on peut observer en Allemagne ou aux Pays-Bas, mais plutôt un statut de travailleur indépendant. C’est d’ailleurs déjà un peu la situation que connaissent actuellement les prostitués masculins : ceux qui le souhaitent peuvent se déclarer à l’URSSAF sous un métier “prétexte”, comme masseurs. En fait, le modèle du bordel n’est pas souhaité par les prostitués mais plutôt par les clients, qui éprouvent pour lui une espèce de fascination. À l’étranger, il existe des systèmes à mi-chemin entre les deux : en Thaïlande, par exemple, les garçons travaillent dans des bars qui servent en quelque sorte d’intermédiaires, mais la relation avec le client se fait à l’extérieur, sans que le bar ne prenne une commission. Au niveau législatif, la première loi qu’il faut revoir, c’est celle définissant le proxénétisme, qui est beaucoup trop large et floue : toute personne qui loue un appartement à un(e) prostitué(e) ou même qui facilite son travail peut être accusée de proxénétisme. L’autre problème, c’est la Loi sur la Sécurité Intérieure de 2002, qui instaure le délit de racolage passif et qui est très critiquée par les travailleurs sexuels et ceux qui leur viennent en aide.

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