Dodo
céline minard credit élisabeth carecchio

Le saphisme païen de Céline Minard dans “So long, Luise”

L’écrivaine Céline Minard présente aux Assises du Roman So long, Luise, le récit testamentaire d’une femme de lettres qui est aussi un chant d’amour à son amante.

En choisissant comme mot d’ordre «Penser pour mieux rêver», la sixième édition des Assises Internationales du Roman organisées par la Villa Gillet se donne pour ambition de dépasser par la littérature l’opposition apparente entre intellect et imaginaire. Et quelle activité humaine peut mieux que la sexualité réconcilier, à travers le fantasme, ces deux notions supposément antagonistes ? «L’écriture de la sexualité» sera donc au cœur d’une des nombreuses tables rondes programmées tout au long de cette semaine. L’écrivaine Céline Minard y présentera son dernier roman, So long, Luise, le récit testamentaire d’une femme de lettres célèbre qui est aussi un chant d’amour à son amante Luise.

La description d’une sexualité entre femmes, si taboue dans la littérature, s’accompagne ici d’une réflexion sur la langue, à la fois comme outil et comme conditionnement. Car la narratrice, double récipiendaire du prestigieux Booker Prize, qui a choisi la langue de Shakespeare alors qu’elle avait été élevée dans celle de Molière, confesse dès les premières pages : «je n’ai jamais rien écrit en anglais». Et celle qui affirme pourtant que «le témoignage [l]’a toujours dégoûtée» se souvient. De ses jeunes années, de sa rencontre avec Luise, de leurs voyages, de leur couple. De leur saphisme païen (semblable en cela à celui professé par Monique Wittig et Sande Zeig dans leur Brouillon pour un dictionnaire des amantes), peuplé de créatures des bois que le christianisme n’aurait pas totalement éradiquées : fées, gnomes, elfes, erdmenmendle bavarois et pixies anglo-saxonnes dont «il convient de [se] méfier».

So long, Luise, est à l’image de cette scène de bacchanale évoquée dans le roman, semblable à celles qui accueillent le solstice d’été, où l’on embrasse le cul d’un bouc à la barbe tressée de fleurs : une célébration solaire de la vie et de l’amour.

 

Photo © Élisabeth Carecchio

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