Dodo

Loving Out: Dave et Pasolini sont sur un tréteau…

Avec Loving Out (créé en janvier dernier et actuellement repris au Comédie-Odéon), Jocelyn Flipo propose un spectacle qui évite les écueils de la mauvaise comédie autour de l’homosexualité et offre une création originale et attendrissante sur le thème de l’amour et de l’affirmation de soi.

LovingOut

Au premier abord, aller voir un spectacle de café-théâtre autour du thème de l’homosexualité en cette période de regain d’homophobie décomplexée pourrait s’apparenter à s’infliger un Christian Clavier gesticulant dans une reprise de la Cage aux folles diffusée sur TF1 un samedi soir : un des cercles de l’enfer. Et pourtant, Loving Out, la dernière création de Jocelyn Flipo, fait fondre tous nos préjugés bien plus sûrement qu’une Frigide Barjot n’éveille la concupiscence des catéchumènes de Saint-Bonaventure. Dans ce spectacle, nous suivons l’histoire de Romain, un galeriste trentenaire peu sûr de lui, qui ment sur son âge, refuse d’exposer ses propres toiles et n’a connu qu’une seule expérience sexuelle avec une fille qui l’a depuis quitté. Un dimanche en fin de journée, pris d’une rage de dents, il se rend chez le dentiste où il fait la connaissance de Léo, jeune éphèbe sans tabou, dont il finit par tomber amoureux. L’histoire pourrait paraître simpliste si le texte et l’enchaînement des situations ne mettaient en évidence les espoirs, les renoncements et les interrogations abyssales provoqués par les infimes gestes et les anodines paroles de la naissance d’un amour. Confronté à la bouillonnante jeunesse de Léo (le jeune Ryane Bensetti, incarnation du désir à mi-chemin entre Théorème de Pasolini et un film de Citébeur), Romain (Mathieu Coniglio, plus que convaincant) tente de redéfinir son identité et pas uniquement sur le plan sexuel. En cela, il est aidé par Anthony (Yohan Genin), peintre gay avec lequel il travaille depuis cinq ans, qui lui sert à la fois de confident et de garde-fou. L’homosexualité n’est plus alors qu’un prétexte pour entamer une réflexion sur l’affirmation de soi et affronter le gouffre angoissant de la trentaine.

Une esthétique entre théâtre et cinéma

Parce que le spectacle évite minutieusement les clichés faciles, Loving Out est drôle. Romain est un looser attachant qui met à nu toutes les petites défaites de la vie que chacun s’ingénie d’ordinaire à camoufler, provoquant par identification le rire de la salle. Mais l’humour provient également des choix de mise en scène. Jocelyn Flipo et Léon Vitale ont opté pour une esthétique à cheval entre la scène et l’écran. Ainsi, les personnages s’adressent, lors d’apartés, directement aux spectateurs mais uniquement après avoir figé le temps, à la manière de l’héroïne de Loin de ce monde. La musique est omniprésente, soulignant les différences qui séparent Romain de Léo, allant de Dave à Metronomy en passant par une succession de saynètes muettes sur un tube d’Avril Lavigne qui nous rappelle les comédies romantiques hollywoodiennes. En utilisant toutes les ressources des arts du spectacle, les deux metteurs en scène transforment la petite salle des Tontons Flingueurs en un espace sans limite, modulable à l’envie. Il en résulte un spectacle à la forme et au contenu ingénieux, à la fois drôle et touchant, bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Les dimanches 1er, 8, 22 et 29 décembre à 15h et le mardi 31 décembre à 23h30 au Comédie-Odéon, 6 rue Grolée-Lyon 2 / 04.20.10.04.23 / De 16€ à 22€

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