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Joseph Morder, Kenneth Anger : l’amour des marges


Parmi les sorties DVD de la rentrée figurent deux cinéastes inclassables qui partagent un même amour des marges : l’Américain Kenneth Anger et le Français Joseph Morder.


 

Alexandra Stewart et Andy Gillet La Duchesse de Varsovie Joseph Morder

 

Bien sûr, il y a les super-héros et les productions spectaculaires. Et parfois, souvent même, s’y nichent des interrogations sur l’identité qui font peut-être un instant vaciller les certitudes des spectateurs innombrables. Et puis, aujourd’hui comme hier, il y a les marges, les œuvres fragiles, discrètes, singulières, peu vues lorsqu’elles apparaissent mais qui travaillent à long terme, et qui changent fondamentalement les regards, bien au-delà de ceux des premiers curieux à les avoir découvertes. Les marges sont primordiales. C’est elles qui nous bousculent, d’elles que viennent les transformations qui, un jour, toucheront le centre, que ce soit celui de la société ou celui du cinéma.

Kenneth Anger, à quatre-vingt-huit ans, est la preuve vivante que les marges sont indispensables. C’est dans leur cadre qu’il élabora, en 1947, un chef-d’œuvre poétique et érotique qui marqua la naissance du cinéma underground et qu’il donna à celui-ci cette coloration gay qui le marqua à jamais. Le film s’appelait Fireworks, quatorze minutes inouïes, impensables en ces temps puritains, et qui fascinent aujourd’hui encore. L’art inventif, sexy, stupéfiant (parfois ésotérique et déroutant) d’Anger – célébré à Lyon par le festival Écrans Mixtes l’an dernier – se trouve réuni désormais en un coffret DVD bourré de compléments aussi passionnants que les films.

Les marges, le Français Joseph Morder les connaît bien lui aussi. C’est là qu’il a entrepris, il y a près de quarante ans, une œuvre multiforme, dominée par un journal filmé au long cours, dont le mélange de pudeur et de franchise a influencé ceux qui ont eu la chance de le voir, Rémi Lange en tête. Morder ne s’est que rarement essayé au long-métrage de pure fiction. C’est ce qu’il fait avec La Duchesse de Varsovie, où, devant des décors peints stylisant un Paris intemporel et magnifié, deux secrets se rencontrent : celui d’un beau jeune homme triste (Andy Gillet) et celui de sa grand-mère (Alexandra Stewart). Il est gay et ne l’a jamais dit à sa famille. Elle est rescapée des camps de la mort et n’en a jamais parlé. La caméra sensible de Joseph Morder, habituée aux confidences, enregistre leurs silences, leurs paroles, leur confiance, leur tendresse comme aucun cinéaste de blockbuster ne saurait le faire. C’est dans les marges, décidément, que se joue l’essentiel…

Coffret DVD Kenneth Anger (éditions Potemkine)
La Duchesse de Varsovie de Joseph Morder (Épicentre Films)

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