“Mesdames de la Halle”, stars du music-hall(e)
Alors qu’à l’Opéra de Lyon se joue Le Roi Carotte dans une mise en scène de Laurent Pelly, c’est au Théâtre de la Croix-Rousse que l’on peut savourer en alternance l’autre opéra d’Offenbach proposé dans la capitale des Gaulles en cette fin d’année : Mesdames de la Halle. Une chose est sûre : aucune indigestion n’est à redouter avec ces deux œuvres.
Opéra-bouffe en un acte créé en 1858, Mesdames de la Halle réunit tout ce qu’on peut attendre d’Offenbach : légèreté, humour, quiproquos, frivolités. C’est aux Halles de Paris que se situe l’action. Le major-tambour Raflafla s’intéresse à mesdames Beurrefondu et Madou, bien plus pour leur argent que pour leurs attraits physiques, car c’est vers Ciboulette, la fruitière orpheline, que son cœur penche. Malheureusement pour lui, celle-ci n’a d’yeux que pour le marmiton Croûte-au-pot. Apprenant l’histoire de son abandon, Mesdames Beurrefondu et Madou vont chacune se disputer la maternité de Ciboulette, mais la vérité éclate et on découvre qu’elle est la fille de madame Poiretapée et de Raflafla, qui vont s’empresser de donner leur assentiment à l’union des deux amoureux.
C’est Jean Lacornerie, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse, qui signe cette mise en scène festive et haute en couleur. Côté jardin, place est faite à l’orchestre, qui est parfaitement intégré à la fois à la scène et à l’action. Côté cour, c’est un décor fait de palettes et de cagettes superposées en escalier que tous n’auront de cesse de monter et de dévaler dans l’espoir de l’avoir aussi bien descendu que Cécile Sorel. La mise en scène de Jean Lacornerie est en effet un bel hommage aux revues de music-hall. On y retrouve de la magie (dont le célèbre numéro de la femme coupée en deux), des effets de ventriloquie, des ombres chinoises… Les costumes sont évidemment détournés : les plumes sont remplacées par des poireaux et une jupe en corbeille de fruits n’est pas sans évoquer la fameuse ceinture de bananes de Joséphine Baker.
Sur scène, c’est une énergie folle qui se dégage. On sent que tous prennent plaisir à jouer, à chanter et… à se travestir : Offenbach a en effet confié les rôles de ces dames à des voix d’homme et celle de Croûte-au-pot à une voix féminine. C’est ainsi que mesdames Beurrefondu et Poiretapée sont incarnées respectivement par Mathieu Gardon et Florian Cafiero, ceux-là-mêmes qui jouaient les rôles (déjà) travestis du Dancaïre et du Remendado dans le Carmen d’Olivier Py. À leurs cotés, c’est Pierre Héritier qui endosse les habits de madame Madou et Yete Queiroz ceux de Croûte-au-pot. Nul besoin en revanche de travestissement pour Anne-Marine Suire (Ciboulette) et Catalina Skinner-Moreno (la marchande de plaisirs) ni pour Jérémie Schütz (Raflafla), qui arbore fièrement son costume de militaire.
Du côté de l’orchestre, le même amusement règne chez le chef Nicholas Jenkins et chez les musiciens qui sont interpellés et mis à contribution, en particulier le joueur de basson, félicité pour son bel instrument. Cet enchantement collectif gagne bien évidemment la salle qui s’amuse avec les interprètes, procurant au spectateur le sentiment rare de faire partie du spectacle. Un spectacle enjoué qui respire la bonne humeur et dont on sort ravi, le sourire aux lèvres. En somme, ces Mesdames de la Halle sont comme tout bon dessert : une fois qu’on y a goûté, on n’a plus qu’une envie : y revenir !
Mesdames de la Halle, jusqu’au 28 décembre au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannes Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / www.croix-rousse.com
Photos du spectacle © Michel Cavalca
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