“Tendre Achille” : des interprètes bourrés de talons

Premier opus d’un triptyque placé sous le patronage de figures mythologiques, Tendre Achille du chorégraphe François Veyrunes est un exercice de style impressionnant qui prend parfois le risque de tourner à vide.

En novembre dernier, le public isérois a eu l’occasion de découvrir le travail de François Veyrunes grâce aux représentations de Chair Antigone à Crolles. Ce mois-ci, c’est Tendre Achille, spectacle créé antérieurement, qu’accueille la MC2:Grenoble. Comme leurs titres le laissent deviner, ces deux œuvres se répondent, se réfléchissent comme dans un jeu de miroir. Si Chair Antigone était une pièce composée pour trois danseuses, ce sont trois hommes qui interprètent Tendre Achille. Dans les deux cas, le chorégraphe cherche à mettre à l’épreuve ses interprètes, tout comme les dieux de l’Olympe mettent à l’épreuve les héros mythologiques.

Dans Tendre Achille, il n’y a pas que l’évocation du valeureux combattant de la guerre de Troie qui nous ramène à la culture grecque, mais également la scène d’ouverture, où les trois danseurs avancent au ras-du-sol, enchevêtrés les uns aux autres, telle une créature hybride, avant de se séparer en trois individus. Bien que le compte n’y soit pas vraiment, on pense inévitablement au mythe de l’androgyne exposé dans Le Banquet de Platon. Comme le philosophe grec qui place cette histoire aux origines de l’humanité, la bande-son et les jeux de lumière, qui allient les dimensions organique et mécanique, confèrent au spectacle un aspect hors du temps, que seules les tenues d’employés du secteur tertiaire des trois danseurs viennent contredire.

Tendre Achille francois veyrunes copyright Laurence Fragnol

Ô temps, suspend ton vol

Or, la question du temps est centrale dans Tendre Achille. En effet, l’intérêt principal du spectacle réside dans la prouesse technique des danseurs qui doivent exécuter l’entière chorégraphie au ralenti. Alors que les postures et les gestes sont empruntés aussi bien au breakdance qu’à la danse classique, tout l’enjeu pour Veyrunes semble de contraindre ses interprètes à décomposer à l’extrême le geste, à le retenir en permanence. La tension des corps et du moindre muscle est alors palpable jusque chez le spectateur qui éprouve ce ralentissement généralisé. Et l’entraide entre les danseurs devient ainsi une condition sine qua non à la réussite du projet.

Non seulement notre rapport au temps, dans une société à l’agitation frénétique, est sérieusement ébranlé, mais l’individualisme est également montré du doigt comme conduisant à l’échec. Enfin, les contorsions de ces trois corps masculins, qui traversent le plateau comme balayés par une bourrasque de vent contre laquelle toute lutte paraît vaine, ne sont pas dénués d’érotisme. On regrettera cependant que sur la durée, le spectacle ne tourne à l’exercice de style et que le propos ne se perde… tel Ulysse sur le chemin d’Ithaque.

 

Samedi 21 janvier au Théâtre du Parc, 1 avenue du Parc-Andrézieux-Bouthéon / 04.77.36.26.00 / www.theatreduparc.com

 

Photos © Laurence Fragnol

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