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“Bitch Better Have My Money” : quand Rihanna se fait politique

Considérée comme légère et sans conséquence, la culture pop se révèle cependant souvent plus complexe et moins lisse qu’il n’y paraît. En attendant son concert le 19 juillet au Parc OL, illustration avec Rihanna et le clip de son tube Bitch Better Have My Money.

Depuis la performance de Beyoncé le 7 février au Super Bowl et la sortie de son album Lemonade, la critique se divise : la chanteuse (l’une des artistes les plus riches de la planète) a-t-elle choisi de réinvestir les symboles de la lutte des Noir-e-s américain-e-s par conviction politique ou par opportunité médiatique ? On semble avoir oublié que dès l’été 2015, Rihanna défrayait la chronique avec son clip Bitch Better Have My Money, soulevant des réflexions à l’intersection des questions noires et féministes.

On voit dans cette vidéo (dont la chanteuse originaire de la Barbade est également la co-réalisatrice), Rihanna et deux de ses amies kidnapper et maltraiter une riche femme blanche afin d’obtenir du mari de cette dernière le paiement d’une dette. L’homme restant sourd aux menaces de Rihanna, cette dernière finit par le tuer et par récupérer son argent.

Or, cette vidéo, qui a été vue plus de 88 millions de fois, a suscité une vaste polémique parmi les féministes anglophones, dont les médias français se sont peu fait l’écho. S’appuyant sur les images de la riche femme blanche dénudée, traînée sur le sol, enfermée dans une malle ou suspendue au plafond par les pieds, certaines ont taxé Rihanna d’anti-féminisme, voire de misogynie.

Noires contre blanches

Or, ce sont d’autres féministes, noires cette fois-ci, qui se sont, avec le plus de véhémence, soulevées contre cette mise en accusation de la chanteuse.

Ainsi, Mia McKenzie, fondatrice du site Black Girl Dangerous, qui se propose d’«amplifier les voix des personnes queer et trans de couleur» a mis en exergue la dimension raciale de la vidéo et les enjeux intersectionnels qu’elle soulève.

S’appuyant sur les éléments autobiographiques du script – Rihanna fait référence à un contentieux qu’elle a eu avec un conseiller financier et qui s’est réglé au tribunal – McKenzie recontextualise cette histoire privée, particulière, au sein de l’histoire des Noir-e-s aux États-Unis et rappelle que les femmes blanches, au même titre que les hommes, ont participé à la ségrégation des femmes noires.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, dans une vidéo de vengeance fantasmée, une femme noire s’en prenne à une femme blanche. Comme le rappelle Mia McKenzie : les femmes blanches «ont utilisé le pouvoir de l’État, de la police, des tribunaux, des médias et des hommes blancs pour infliger des souffrances aux Noirs, et notamment aux femmes noires, encore et encore».

Au final, l’indignation des féministes blanches face à Bitch Better Have My Money ne serait rien d’autre qu’une position hypocrite renvoyant aux pires heures de la ségrégation.

Qui peut encore dire que la culture pop n’a rien à dire sur le monde ?

Pop féminisme d’Élise Baudouin disponible en replay sur le site d’Arte jusqu’au 4 janvier 2021.

Rihanna anti world tourRihanna Anti World Tour
Mardi 19 juillet 2016 au Parc OL Stade de Lyon, 10 avenue Simone Veil – Décines

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