Dodo
Responsable des collections Homme de Louis Vuitton, Virgil Abloh était un visionnaire dans l'industrie de la mode, peu progressiste en matière de diversité.

Mode : une frileuse diversité

Dimanche 28 novembre 2021, un tremblement de terre secoue le monde de la mode. Virgil Abloh, responsable des collections Homme de Louis Vuitton, vient d’être emporté par un cancer. Rarement avons-nous vu autant de maisons de luxe, marques de mode et personnalités publiques témoigner de leur peine suite à ce décès tragique.

Virgil Abloh était un visionnaire : il représentait le futur de Louis Vuitton. Il était aussi un symbole de la diversité : un homme noir à la tête de l’étendard du groupe LVMH, c’est quelque chose.

L’industrie de la mode n’est en effet pas connue pour être la plus progressiste en matière de diversité. Cependant, depuis quelques temps, une vraie prise de conscience semble faire bouger les lignes. Pourquoi ? Tout simplement, parce que les consommateur·rices désespéraient de se voir représenté·es sur les affiches et sur les podiums. Habitué·es aux arrière-plans, les mannequins noir·es, asiatiques, plus size sont maintenant sur le devant de la scène.

Cette avancée n’est-elle que de la poudre aux yeux ? Il est vrai que les designers issu·es de la diversité à la tête de maisons de luxe se comptent sur les doigts de la main. Cette sous-représentativité se fait encore plus sentir aux sièges, où la politique de l’entre soi règne sans partage.

mode et diversitéUn faisceau d’inégalités

Il faut repartir aux bases du problème : un poste à haute responsabilité s’obtient souvent grâce à trois éléments : un travail acharné, un réseau et des diplômes. Et force est de constater qu’aujourd’hui, peu de profils issus de la diversité arrivent à aligner ces trois planètes.

Parlons diplômes : les minorités sont encore extrêmement sous-représentées dans les établissements d’enseignement supérieur. Beaucoup sont confronté·es à de vrais obstacles économiques : des études à des prix exorbitants, un coût de la vie en constante hausse… Le réseau ensuite, qui se construit dans ces instituts, mais dont l’on peut également hériter : je ne vais pas vous ressortir les statistiques des médecins qui sont tous plus ou moins fils de médecins, mais le cœur y est. Big up, Bourdieu. Cependant, en n’incluant pas ces profils divers à des postes clés, la mode a tout à perdre. Cette politique n’a ni queue ni tête, surtout dans une industrie qui se nourrit constamment de la différence pour créer. La mode passe à côté de sources d’inspiration incroyables, d’histoires hors du commun, et de profils à l’énergie débordante.

Pire encore, l’entre soi est la source de casse-têtes en interne : comment développer des collections avant-gardistes quand toute une équipe dirigeante vient du même milieu ? Comment savoir ce qu’il serait de bon ton pour une carnation diverse si tout le monde se ressemble en réunion ? Cette politique managériale est souvent l’une des causes de bad buzzs qui sont entrés dans la légende : H&M et son Monkey Hoodie (qui arborait le slogan « Coolest monkey in the jungle » et était porté par un enfant noir) en est l’un des meilleurs exemples.

Afin d’atteindre une plus grande inclusivité, il est urgent de donner à tous celles et ceux qui le méritent l’opportunité de vraiment faire la différence. Et en la matière, de sérieux efforts restent à fournir.

 

 

© Illustration Cyril Vieira da Silva

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.