Le Lyonnais Cédric Duroux publie son premier roman, Les Animaux sentimentaux, aux faux airs de Chroniques de San Francisco transposées entre Rhône et Saône.

cedric duroux-les animaux-sentimentaux Il n’est sans doute pas évident, lorsqu’on signe son premier roman, d’être comparé à des écrivains qui ont fait leurs preuves. Il y a néanmoins indubitablement, dans l’ouvrage de Cédric Duroux, du Armistead Maupin – un auteur auquel il a consacré une partie de ses études – mais également du Bret Easton Ellis, même si le jeune Lyonnais affirme ne jamais avoir lu l’auteur d’American Psycho. En effet, Les Animaux sentimentaux est un roman choral qui suit, à l’heure d’Internet, les aventures de cœur et de cul d’un groupe d’amis vivant à Lyon. S’entremêlent ainsi les histoires de David et de son amie anglaise Lily, de Samuel et de son coming-out familial, d’Olivier et de son hygiénisme maladif provoqué par une peur irrationnelle du VIH, et de toute une galerie de personnages secondaires, à travers les rues de la capitale des Gaules et jusqu’aux bords de la Tamise.

Comme dans Chroniques de San Francisco, on est littéralement happé par les doutes, les craintes et les espérances de ces personnages et on se prend à vibrer avec eux lors de leurs échecs ou de leurs succès. Duroux parvient très clairement à installer une complicité entre ces êtres de fiction et le lecteur et il est difficile de ne pas avoir un avis sur chacun et quelques préférences. En outre, les Lyonnais reconnaîtront avec joie des lieux identifiables de la ville (dont une emblématique discothèque gay des quais de Saône, qui sert de cadre à une classification d’anthologie des différents types d’individus que l’on rencontre en boîte).

Lugdunum Psycho

De Bret Easton Ellis, on retrouve un certain goût pour l’irrationnel. Ainsi, Olivier et Samuel (deux personnages aux similitudes troublantes et dont on se plaît à imaginer qu’ils pourraient être les facettes d’un seul et même individu) ont tendance à laisser libre cours à leurs obsessions, brisant allègrement le cadre réaliste que l’auteur tente de leur imposer et entraînant le lecteur dans une folie douce qui trahit la difficulté d’être au monde dans une société compétitive et ultra-connectée. Car sous le ton parfois badin des conversations, derrière les recours à la langue anglaise pour masquer les émotions, le groupe de trentenaires n’a de cesse de chercher le moyen de s’adapter à une vie adulte et d’appréhender la relation à autrui, sans se perdre totalement soi-même. Les personnages du roman tentent alors peu à peu de dompter et d’accepter leurs sentiments, faisant d’eux les animaux du titre.

 

Les Animaux sentimentaux de Cédric Duroux (éditions Buchet/Chastel)
Where the wolves are kind, la bande-son du livre composée et interprétée par Scott Matthew, ainsi que la vidéo réalisée par Kaz PS sont disponibles sur www.lesanimauxsentimentaux.com

 

Photo Cédric Duroux © Yann Dante

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